Je n'aime pas les pyjamas verts. Numéro trois.

Je n'aime pas les pyjamas verts. Numéro trois.

Je veux vous parler du quotidien d'une journée ordinaire en psychiatrie. Les hôpitaux psychiatriques ne sont plus les enfers d'autrefois ou on utilisait la camisole de force et l'entravement pour calmer les gens trop agités. Pas plus que les bains d'eau glacée et la lobotomie frontale. Seule la sismothérapie est toujours pratiquée avec parfois des résultats très positifs sans qu'on sache pourquoi. Il existe maintenant des moyens apparemment beaucoup plus humains mais seulement en apparence, je veux parler de la camisole chimique. Ne croyez pas que lorsque vous êtes sous l'action de ces poisons vous ne souffrez pas, c'est faux. Vous êtes comme une cocotte-minute sur laquelle on imposait un couvercle pour l'empêcher d'exploser. La souffrance est toujours la, tapie un peu plus bas à peine supportable. La journée commence à huit heures. Un infirmier vient vous réveiller et vous demande si vous avez bien dormi. Il faut savoir que tout ce que vous dites est noté, enregistré et que tous les jours le personnel serait ni pour parler de chaque malade. Rien ne leur échappe il faut et extrêmement prudent le moindre mot de trop peu vous emmenait vers une inflation médicamenteuse si le psychiatre décide de vous assommer encore un peu plus. Malgré tout il y eut beaucoup de progrès dans la formation du personnel infirmier et globalement ils sont plutôt bienveillants. Mais il y a des sujets qu'il ne faut pas aborder en public comme le suicide ou l'expression de sa souffrance. C'est réservé à des entretiens en privé avec votre infirmier référent. Donc dès huit heures du matin vous voilà debout. Moi c'est l'angoisse qui me sert de réveil matin, lorsque je me lève je tiens à peine debout et prendre ma douche m'est impossible. Je me dirige donc à peine habillé à la salle à manger où nous prenons ensemble le petit déjeuner. Auparavant il faut faire la queue pour prendre de médicaments. Chacun demande à l'autre quel est son tour dans la file d'attente. Je tiens à peine sur mes jambes mais je ne suis pas mieux assis car je ne l'impatience dans les membres inférieurs. Toutes les pathologies sont mélangées, il y a les schizophrènes, les dépressifs, les alcooliques et tous ceux qui sont atteints d'addiction, bref ce qu'on pourrait penser être la lie de la société. En fait c'était ce que je croyais mais j'avais tort car j'ai trouvé plus d'humanité chez ces gens-là que la plupart des gens que je croisais dans la rue autrefois sans les voir. Je m'assois avec les autres une fois de plus pour attendre les médicaments, il est presque midi, nous avons passé la matinée à tourner en rond et à fumer cigarette sur cigarette. Et encore une file d'attente, chacun demande à l'autre quand est son tour. Je ne tiens pas assis et quand je me lève je suis pris de vertige. Il y a j'ai vu le psychiatre qui m'a prescrit un traitement que je sais que je ne supporterais pas. Je suis désespéré. Je regarde autour de moi la plupart des patients s'agitent sur leur chaise, remuant leurs jambes dans des tics qui semblent ne jamais pouvoir s'arrêter. Enfin c'est mon tour. Je pénètre dans la salle de soins, le règlement exige que je dise mon nom ; elle me demande comment je vais. Mal répondis-je. Soyez patient répondit-elle, laissez le temps au temps. Je pense que c'est le discours standard qu'ils tiennent à tous les patients qui vont mal. J'avale les médicaments, je suis excédé et je le pense presque trop fort mon cul je connais la musique. J'avale le médicament et je fais profil bas. Enfin la porte de la salle à manger s'ouvre, tout le monde s'installa sa guise en suivant ses affinités j'ai repéré quelqu'un qui me semble fréquentable, je m'installe près de lui. Je vais chercher mon café et mon lait ainsi que le verre de jus d'Orange. Je n'ai pas faim, je me force à avaler deux tartines. La seule activité de la journée est accomplie, il va falloir maintenant tuer le temps. J'ai encore une formalité à accomplir c'est de rendre mon rasoir, je fais encore la queue. Je suis incapable d'attendre, je suis tellement agité et en même temps épuisé que c'est insupportable. Quand je suis assis j'ai envie de me lever et quand je suis debout j'ai envie de m'asseoir car mes jambes ont du mal à me porter et que je ressens une fatigue extrême. Il faut que je prenne ma douche, il ne faut pas que je me laisse aller. Je vais d'abord aller fumer une cigarette. Le matin je m'accorde une vraie cigarette et le reste de la journée je les roule. Le tabac ne m'apporte plus aucun plaisir c'est une addiction que je ne peux plus supporter. Quand j'ai terminé ma cigarette dans le petit jardin glacial je regagne ma chambre. C'est la chambre numéro un au bout du couloir. J'ai froid, je me déshabille avec peine et prends ma douche qui malgré l'eau chaude me glace. Je fais une toilette de chat, je n'ai pas énergie, l'angoisse commença d'envahir et je sais pourquoi. C'est à cause du traitement qui m'a été prescrit je sais que ça va être de pire en pire et qu'il va falloir tenir à tout prix. La journée risque d'être longue je me sèche, je me regarde dans le miroir. Je trouve que j'ai une sale gueule. Il faut que je me rase c'est pourtant pas grand-chose mais cela me demande des efforts désespérés. Je fais de mon mieux et j'passe un temps fou et qu'importe et toute la journée si pour le faire si je veux. J'essaie de m'habiller proprement pour ressembler un homme, à celui que j'étais avant. Quand j'ai terminé ma toilette je vais rendre mon rasoir aux infirmières ensuite je retourne dans le petit jardin et je recommence à fumer. Il est à peu près neuf heures trente et j'ai toute la matinée à tuer. Catherine elle doit avoir une cinquantaine d'années, un poste à responsabilités dans un grand quotidien. Elle est gentille, elle me propose de faire un Scrabble. J'ai horreur de ça je serais prêt à n'importe quoi pour tuer le temps alors j'accepte de jouer avec elle et puis la solitude à deux c'est plus supportable. Ce n'est pas quelqu'un extraverti, elle est concentrée sur le jeu. Malgré l'angoisse qui m'envahit j'essaie de faire comme elle. J'ai pourtant milles questions qui me brûle les lèvres j'aimerais tant commencer une conversation intime avec elle pour savoir pourquoi elle est la, quelle est son histoire. Je le fais quand même par petites touches, je lui pose quelques questions, c'est la dépression qui l'a emmené ici. Elle était déjà là en juillet. Nous continuons à jouer, elle est meilleure que moi, je prends une pâtée mais ça m'est bien égal moi ce qui m'intéresse c'est elle. Elle n'a pas de mari, pas enfants ça ne m'étonne pas, il y a quelque chose en elle de desséché. Je la sens sur ses gardes, il ne faut pas que je cherche à en savoir trop sinon je sais que je vais me retrouver seul. La partie est terminée. J'ai perdu, nous allons fumer une cigarette.

Patrick c'est un type un peu plus jeune que moi. Il est arrivé en même temps que moi, il est plus loquace. Il vient nous rejoindre pour fumer. Je n'ai pas besoin de l'interroger, il a fait une tentative de suicide très sérieuse il y a des problèmes de dépression et d'alcool. C'est un professeur, lui aussi il est seul, il vit comme un rat et se soûle tous les vendredis soir. Pourtant il avait l'air souriant et un rien le fait rire. C'est le masque que portent les gens. Il me propose de jouer la belote le soir, j'accepte pour ne pas me coucher à vingt et une heures et de tourner dans mon lit toute la nuit en cherchant le sommeil. Je suis content je me suis fait déjà de relations et je vais rentrer dans le groupe qui me semble le moins malade de l'HP.

Commentaires

1. Le mercredi, octobre 26 2016, 13:17 par zorg-f

pardonnez-moi les nombreuses fautes d'orthographe et de syntaxe dû à mon logiciel de reconnaissance vocale qui est devenue fou Il faut que je le réinstalle.

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