La greffe, l'éveil d'Adolphe.



Ne laissez pas tout seul l'enfant qui a peur
car sa nuit peut devenir un linceul.


zorg-f







Adolphe ouvrit les yeux, il étira son corps endolori et se mis péniblement debout. Il aperçut Mathieu qui préparait le petit déjeuner.A travers la petite fenêtre dans l'aube qui se levait, l'éblouissante clarté de la neige recouvrait la forêt.
Il avait dormi tout habillé, ses vêtements sentaient l'odeur aigre de la sueur. Il fit un peu de bruit en mettant ses chaussures. Mathieu se retourna et l'aperçut enfin.
bien dormi ?
Non, j'ai fait des cauchemars.
Tu peux m'en parler ?
Si tu veux. J'ai voyagé dans tes atomes comme un pion dans un flipper, c'était horrible, ça n'en finissait jamais. Pas de Game over.
Intéressant. Tu as faim ?
Adolphe s'installa à la grande table qui meublait la pièce, Mathieu lui apporta un grand bol de café avec du pain et du beurre.
Que vas-tu faire demandas Mathieu.
J'aimerais rester chez toi.
Qu'est-ce que tu espères de moi ?
Que tu m'aides.
Que je t'aide, je ne sais pas si je pourrais.
Mathieu ferma les yeux et se concentra, puis il plongea son regard dans celui d'Adolphe qui se déroba.
N'ai pas peur, je vais essayer de t'aider à condition que tu ne poses aucune question et que tu fasses exactement ce que je te demanderai. Tu vas avoir peur et tu vas croire que je suis fou, tu vas douter et tu vas vouloir partir. Je ne t'y autoriserai pas, ce que je te propose c'est un voyage sans retour. C'est à prendre ou à laisser, je te laisse une journée pour y réfléchir.
Tu vas me tuer ?
Non, je te retiendrai contre ton gré , tu partiras quand je jugerai que tu seras prêt.

Prêt à quoi ?

Ne pose plus de questions. Vas te laver .Dans ma chambre il y a une douche, tu sens la charogne . Je m'occupe de tes vêtements.
Une demi-heure après Adolphe nu sous une grande couverture de laine se réchauffait devant le feu de bois. Il regardait les flammes et la neige qui tombait dehors. Il savait qu'il allait accepter le marché de Mathieu.
Quelques instants plus tard Mathieu jeta sur le divan quelques vêtements. « Habille-toi, nous partons au village faire les courses. »
Dehors la neige avait cessé de tomber, le ciel était bas et la température inférieure à zéro. La neige tenait sur les arbres s'accrochant aux branches en faisant comme des stalactites.
Ils mirent une heure pour atteindre un petit village un peu plus bas dans la vallée. Les commerçants saluaient Mathieu avec respect mêlé de crainte. Qui était-il donc ?
La matinée était presque terminée lorsqu'ils regagnèrent la cabane dans la forêt, il n'avait toujours pas échangé un mot.
Il faut aller chercher du bois dit Mathieu.
Ils repartirent dans la forêt armés de haches et d'une tronçonneuse. Il y avait de nombreux arbres morts qu'ils débitèrent en rondins. Lorsque tout le bois fut rangé Adolphe était exténué. Il s'installa devant le feu et se désaltéra de plusieurs verres d'eau.
Mathieu préparait le repas. Adolphe le regardait faire, il était affamé.
Ils passèrent enfin la table, c'est à ce moment que Mathieu décida de prendre la parole : « as-tu entendu parler de la physique quantique ? »
Très peu , j'ai fait des études de commerce et la physique n'était pas mon fort.
Il va falloir pourtant que tu m'écoutes. C'est important que tu en ai quelques notions car tout ce qui va se passer ici, si tu restes, relèvera de la physique quantique.
La physique quantique c'est l'étude des atomes et des échanges d'énergie qu'ils ont entre eux, ce sont les quantum. Pour être simple, c'est en étudiant le comportement des électrons passant dans deux fentes que le physicien américain Bohr a démontrées que les particules n'obéissaient pas aux lois de la physique classique.
Les électrons se comportaient différemment suivant les conditions de l'expérience, parfois ils se comportaient comme des particules, parfois ils se comportaient comme des ondes et surtout leur comportement se modifiait lorsqu'on voulait les observer. De plus il y avait une inadéquation entre la théorie de la relativité d'Einstein et les nouvelles lois physiques élaborées par les physiciens quantiques.
Mathieu s'interrompit quelques instants pour reprendre le cours de son repas. Après avoir avalé son verre de vin, il se grattait la gorge et reprit son discours.
Vois-tu, le plus extraordinaire c'est que les propriétés des particules défient l'entendement. Elles s'opposent radicalement à la physique classique qui séparait le monde de la matière et le monde la conscience, celui des pensées, des sensations, des odeurs ou des idées qui étaient appelées Qualia.
En physique quantique le voyage dans le temps est possible, la vitesse de la lumière n'est plus une limite, l'espace peut être à cinq dimensions. Et surtout conscience et matière sont liées.
C'est un physicien américain David Bohm qui à la suite des travaux de Bohr qui avait démontré dans son principe de complémentarité qu'on ne pouvait déterminer en même temps la vitesse et la position d'une particule, a étendu ce principe à la pensée en disant l'impossibilité de connaître la teneur d'une pensée en même temps que ce vers quoi elle tend.
Est-ce que tu me suis ? J'essaie d'être le plus simple possible alors que ce que je t'explique est d'une infinie complexité.
J'essaie répondis Adolphe.
Bien, continuons. Mathieu se leva et se saisit d'un livre ou une page était marquée. Il commença de lire.
«David Bohm affirme que la mécanique quantique et la théorie de la relativité sont contradictoires et que cette contradiction implique qu'il existe un niveau encore plus fondamental dans l'univers physique, qui serait une unité indivisible, un ordre implicite à partir desquels apparaît l'ordre explicite de l'univers tel que nous le connaissons. L'ordre implicite de Bohm s'applique à la fois à la matière et la conscience, et il propose que cet ordre implicite pourrait expliquer la relation entre matière et conscience. L'esprit et la matière sont vues comme des projections dans notre ordre explicite à partir de la réalité sous-jacente de l'ordre implicite.

Dans le formalisme de Bohm, il y a un niveau fondamental où la conscience n'est pas distincte de la matière. La position de Bohm sur la conscience est liée à la théorie holographique du cerveau de Karl Pribam. Celui-ci considère que la vue et les autres sens sont des lentilles sans que les autres sens apparaissent comme des hologrammes. Pribam affirme que l'information est enregistrée dans tout le cerveau et qu'elle est enveloppée dans un tout de manière similaire à un hologramme. Il est suggéré que les souvenirs sont connectés par association et qu'ils sont manipulés par la pensée logique. Si le cerveau reçoit aussi des informations à travers nos sens, alors les souvenirs, les associations, la pensée logique et la perception sensorielle sont censés être unifiés dans l'expérience globale de la conscience. »

Il reposa le livre, se remit à table, et reprit son repas. Lorsqu'il eut terminé il proposa à Adolphe d'aller prendre un café devant le feu de bois.
« Le repas que nous venons de faire est plus facile à digérer que les propos que je viens de te tenir. Tu n'as pas besoin d'en savoir plus, il te faudrait des années de travail pour assimiler dans les détails ce que je viens de t'exposer. Ce qu'il faut que tu comprennes c'est que ton cerveau est une machine quantique et qu'il a des possibilités immenses qui sont pour l'instant en sommeil car tu n'as pas les outils pour les réveiller. Je déteste la pensée magique.Tout ce que je t'ai exposé a été démontré et observé, il s'agit de science et non de religion bien que dans l'ordre implicite elles se mélangent. Tu as expérimenté sans le savoir les possibilités de ton cerveau quantique lorsque  ton esprit se détachait de ton corps pendant tes marches insensées. Malheureusement tu es trop malade mentalement pour que tu puisses vraiment utiliser ton cerveau . Si tu restes je tenterai de te soigner.
Comment ?
Avec tous les moyens dont je dispose, tout ce que j'ai appris à droite et à gauche. J'essaierai de te faire régresser, de faire revenir à la surface tes souvenirs les plus anciens, les plus traumatiques. Ceux qui te ronge et qui veulent te détruire.
Une sorte de psychanalyse ?
Si tu veux, avec d'autres moyens, ne pose pas trop de questions. Il faudra que tu te laisses faire.

Adolphe avala sa tasse de café et ferma les yeux. Il tenta de mettre de l'ordre dans ses idées, il n'avait pas compris grand-chose au discours de Mathieu. Cependant sa curiosité était excitée par la singularité et la nouveauté des propos qu'il venait d'entendre. Un autre monde semblait s'ouvrir devant lui et aussi un immense espoir. Celui de guérir grâce à Mathieu et peut-être de découvrir des facultés mentales qu'il avait commencées à entrevoir.
Quelque chose en lui l'incitait à faire confiance à cet homme bien qu'il n'avait aucun moyen de savoir qui il était vraiment. Il avait vécu tellement de choses étranges avant d'échouer dans cette cabane, tellement d'épreuves qu'il n'avait pas peur.

Le lendemain matin quand Mathieu entra dans la pièce ou il dormait la première chose qu'il fit c'est de lui dire qu'il avait décidé de rester.
Tu as bien réfléchi ? Tu es sûr de toi ?
Autant que toi. Je reste. Il ajouta : je voudrais  envoyer un SMS à ma femme pour lui dire que je suis en sécurité, qu'elle n'aura plus de nouvelles de moi pendant longtemps et qu'il ne faudra pas qu'elle s'inquiète car un jour je reviendrai. Il leva les yeux vers Mathieu, je reviendrai n'est-ce pas ?

Oui, un jour, plus tard, je ne sais pas quand. Tu peux envoyer ton SMS mais ensuite je te confisquerait ton portable. La seule personne avec qui tu pourras communiquer dorénavant ce seras moi. Il y aura peut-être des exceptions mais je serai le seul à en décider.

Adolphe fouilla dans son sac à dos et sorti son portable. Il composa le SMS, s'assura qu'il était bien parti et tendit son téléphone à Mathieu. Te rends-tu compte de la confiance que je t'accorde, je me livre corps et âme à toi.

Tes mots sont bien choisis, je vais t'expliquer comment nous allons procéder tous les deux.
Le matin nous nous lèverons à sept heures. Nous ferons une heure de yoga, je t'initierai. Ensuite nous prendrons notre petit déjeuner.
Les choses sérieuses commenceront après. Comme je te l'ai dit hier il faut soigner ton esprit, et je m'y consacrerai avec toi jusqu'à midi.
Lorsque nous aurons déjeuner nous partirons travailler dans la forêt ou dans la maison, quelquefois nous irons au village pour les courses et lorsque nous rentrerons nous ferons de la méditation, là aussi je t'apprendrai.
Après le dîner tu auras quartier libre, tu feras ce que tu voudras. Tu pourras lire si tu le désires ou ne rien faire. Parfois je te laisserais seul. Il se peut aussi qu'il y ait des visiteurs, il ne faudra pas qu'ils te voient. Tu iras dans ma chambre.
J'adapterai ce programme en fonction des progrès que tu feras, je n'ai aucune idée du temps qu'il faudra. Tu quitteras cet endroit quand tu seras prêt. Tu le sauras tout seul, ça sera comme une évidence.

Commentaires

1. Le mercredi, novembre 18 2015, 00:01 par Ninhursag

Bonsoir Eric

Ca m'a fait plaisir de lire la suite de la greffe, de retrouver Adolphe prêt à grandir spirituellement.
En tous les cas je trouves que vous écrivez bien et c'est sincère ce que je vous dis là.

Continuez à écrire à chaque fois que vous le pouvez, c'est un peu de vous que offrez.

Bonne nuit et tenez bon.
Amitiés
Léonie

2. Le dimanche, novembre 22 2015, 19:10 par zorg-f

bonsoir.

Vous trouvez que j'écris bien. Moi je me trouve sans intelligence. J'ai écrit la suite que je publierai bientôt.
Je tiens comme je peux. C'est extrêmement difficile.
Amitiés

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