Lettre aux autres comme moi.

Lettre aux autres comme moi.

Lorsque j'ai été hospitalisé il y a un an maintenant, comme le temps passe vite ! Je me suis livré corps et âme à mon psychiatre et je lui ai dit : faites ce que vous voulez de moi, je suis prêt à tout pour ne pas être anéanti. Il n'a rien dit, il n'avait pas l'air content de me voir, c'est difficile de soigner les médecins ajouta-t-il !
Moi j'étais au bout du rouleau, je venais de faire une tentative de suicide, j'avais abandonné mon cabinet, ma famille, le travail de toute ma vie, j'avais compris qu'il fallait que je m'oublie, que mes enfants avaient besoin d'un père même réduit à l'état de robot, pourtant dans ma tête et dans mon corps j'avais vécu des expériences j'avais aperçu des choses « que les hommes avaient cru voir », comment partager cela avec un psychiatre qui se disait pragmatique qui n'avait aucune idée du monde que j'avais vu, du monde du cerveau droit, du monde invisible.
Si ce voyage dans les abîmes et dans les ciels ne m'avait pas fait autant souffrir je n'aurais pas eu besoin de lui ! J'aurais continué à voyager seul et à écrire mes carnets de voyage. Ç'aurait été très simple, hélas cela ne se passe jamais comme cela.

Ce dont je veux vous parler aujourd'hui c'est de l'expérience intérieure et de l'éveil, cela va plaire à une de mes lectrices !

Ce matin je me suis levé tôt pour aller acheter un rétroviseur dans une casse automobile, mes filles habitent dans une grande ville, le sport national est d'arracher les rétroviseurs par pur plaisir, pour nuire, ça finit par me coûter une fortune, alors je vais les acheter à la casse, en chemin j'avais allumé la radio, j'écoutais France Inter, il y a des émissions de plus en plus intéressantes, aujourd'hui on parlait de romain Garry au sujet de son roman « la promesse de l'aube », certains extraits était lu par un acteur que j'aime bien Jacques Gamblin, il lisait des extraits ou romain Garry parlait de sa mère et des femmes, il parlait de la castration, qu'il n'avait pas été castré, qu'il n'avait pas eu de père, bien évidemment puisque c'est le père qui castre, romain Garry parlait de sa mère hyper protectrice, l'amour de sa vie, il disait qu'elle ne l'avait pas empêché d'aimer les femmes, il écrit bien, mais il s'est suicidé après avoir aimé une femme très dépressive. Moi je ne peux plus voir les choses autrement qu'avec un regard psychanalytique, et les ficelles de romain Garry, son déni, je les connais bien, elles lui ont coûté deux vies, un fils détruit et un suicide.
J'ai trouvé un blog ami assez intéressant, une femme qui se dit bipolaire parce qu'elle a fait un délire mystique il y a huit ans, cette femme sur son blog et c'est cela qui m'a intéressé utilise beaucoup des images, des tableaux, des poètes, des musiques que j'ai utilisé, nous nous ressemblons, nous avons la même sensibilité, hypersensibilité, il y a une petite différence entre nous, c'est qu'elle accepte la chimie, et qu'elle est dans le déni. Je n'insiste pas elle se reconnaîtra. Je parle d'elle pour parler des mystiques, elle dit que si elle était née au Moyen Âge elle aurait été brûlée comme une sorcière, je pense qu'elle aurait pu être canonisé comme Jeanne-d'Arc, c'est bien le problème dont je veux parler, qui est fou ? Qui délire ?
Est-il raisonnable que la terre soit couverte d'église, de mosquées et de synagogues ou des gens vont prier ce qu'on peut considérer comme un délire organisé,officialisé, ces gens sont-ils fous ? Est-il raisonnable d'avoir canonisé les grands mystiques, d'avoir accepté les stigmates, les guérisons miraculeuses ?
Est-ce que ce délire organisé a été reconnu par la société, admis comme une chose normale, comme par exemple pendant le nazisme, le discours délirant d'Hitler était reconnu comme la norme.

Jésus-Christ était-il bipolaire ?

Pourquoi quelqu'un de pourrais pas délirer, ouvrir son esprit, comme on le faisait autrefois dans certains rites celtiques ou même chrétiens, on a le droit d'aller prier le Christ mais on n'a pas le droit de le voir ou de l'entendre, et si on le dit on va en psychiatrie !
Pour les psychiatres, les vrais, je parle de Jean genet et de Lacan, les mystiques étaient des génies, la différence pour eux entre le délire et la démarche mystique c'es que le délirant va essayer de convaincre les autres de la véracité de ces visions, le mystique sait que les autres ne voient pas ce que lui voit.

Nier ce que j'ai vécu c'est me nier moi-même, nier ce que j'ai vécu c'est m'anéantir, empêcher la résilience. La chimie permet la négation, à très haute dose au-delà de trois médicaments associés on ne peut plus contrôler les interactions médicamenteuses, on est dans le domaine du n'importe quoi, récemment une infirmière psychiatrique m'a confié que les vieux patients hospitalisés depuis des années n'étaient plus que des coquilles vides, l'esprit avait été définitivement anéanti et le suicide était inévitable.

Je suis comme un prophète qui parle dans le désert, personne ne m'entend et personne ne me comprend, je sais qui viens me lire avec régularité, pas plus d'une dizaine de personnes, seulement des femmes ! Pourquoi les hommes ne s'intéressent pas à ce que j'écris, parce qu'ils n'ont pas accepté leur côté féminin, romain Garry parlait de cela, mon psychanalyste aussi, pour être un homme entier il faut être masculin et féminin.
Moi j'ai mon histoire, elle m'appartient, elle n'est pas imaginaire, bien que pour mon psychiatre lorsque j'écrivais les poèmes je n'étais pas dans la réalité, quelle réalité ?
Qu'est-ce que c'est que la réalité, je vous l'ai déjà expliqué, c'est quand l'homme met un nom sur le réel, la réalité des poètes et des mystiques c'est le monde invisible, c'est la part de nous-mêmes qui nous transcende, cette part qui peut vous brûler les yeux, car l'homme n'est pas fait pour la voir dans toute sa splendeur, l'homme a besoin d'ombre et ne peux seulement qu 'écarter le rideau, entrevoir.

Je ne veux plus parler de moi ni de mes états d'âme, il m'arrive de souffrir beaucoup, mais comme l'avait dit mon psychanalyste un jour vous n'aurez plus besoin de moi, et vous serez quoi faire tout seul, c'est que je fais, j'ai ouvert suffisamment de porte pour contrôler l'angoisse lorsqu'elle revient, je sais quelle porte fermer.

Dans mon cabinet médical tout a changé, mes rapports avec les patients aussi, je ne veux plus convaincre ni faire de la psychanalyse sauvage, je me contente d'écouter et parfois d'orienter, je sais la difficulté du chemin qu'il faut faire, et qu'il faut faire tout seul.
Cela m'arrange bien, je m'oublie souvent et je deviens léger comme autrefois, je ne suis pas le dernier des justes, ni le Christ serviteur souffrant, pour accueillir toutes les souffrances, je suis un homme vivant, plein de force et d'espérance, prêt à affronter à peu près tout sans peur.


C'est le bilan d'une victoire, car je sais que je suis en train de gagner, je deviens quelqu'un d'éveillé, les pieds sur la terre et la tête dans les étoiles.

Ce n'est pas grave si j'ai peu de lecteurs, j'écris essentiellement pour moi, je ne cherche pas le succès, je me cherche moi-même et j'ai besoin d'écrire pour me trouver, ce sont mes gammes, mes exercices ; quand je reverrai mon psychiatre pragmatique, je lui dirais que je suis pragmatique ce qui est vrai, et je ne lui parlerai de rien car le monde invisible jamais il ne le verra.
Je suis un rêveur éveillé, et j'en suis très heureux. Pour terminer ce billet je vous donne un texte de Guy de Maupassant, il écrit bien mieux que moi pour dire la même chose que moi.




Guy de Maupassant
Lettre d’un fou[
Mon cher docteur, je me mets entre vos mains. Faites de moi ce qu'il vous plaira.
Je vais vous dire bien franchement mon étrange état d'esprit, et vous apprécierez s'il ne vaudrait pas mieux qu'on prît soin de moi pendant quelque temps dans une maison de santé plutôt que de me laisser en proie aux hallucinations et aux souffrances qui me harcèlent.
Voici l'histoire, longue et exacte, du mal singulier de mon âme.

Je vivais comme tout le monde, regardant la vie avec les yeux ouverts et aveugles de l'homme, sans m'étonner et sans comprendre., Je vivais comme vivent les bêtes, comme nous vivons tous, accomplissant toutes les fonctions de l'existence, examinant et croyant voir, croyant savoir, croyant connaître ce qui m'entoure, quand, un jour, je me suis aperçu que tout est faux.
C'est une phrase de Montesquieu qui a éclairé brusquement ma pensée. La voici : "Un organe de plus ou de moins dans notre machine nous aurait fait une autre intelligence.
Enfin toutes les lois établies sur ce que notre machine est d'une certaine façon seraient différentes si notre machine n'était pas de cette façon."
J'ai réfléchi à cela pendant des mois, des mois et des mois, et., peu à peu, une étrange clarté est entrée en moi, et cette clarté y a fait la nuit.
En effet, nos organes sont les seuls intermédiaires entre le monde extérieur et nous. C'est-à-dire que l'être intérieur, qui constitue le moi, se trouve en contact, au moyen de quelques filets nerveux, avec l'être extérieur qui constitue le monde.
Or, outre que cet être extérieur nous échappe par ses proportions, sa durée, ses propriétés innombrables et impénétrables, ses origines, son avenir ou ses fins, ses formes lointaines et ses manifestations infinies, nos organes ne nous fournissent encore sur la parcelle de lui que nous pouvons connaître que des renseignements aussi incertains que peu nombreux.
Incertains, parce que ce sont uniquement les propriétés de nos organes qui déterminent pour nous les propriétés apparentes de la matière.
Peu nombreux, parce que nos sens n'étant qu'au nombre de cinq, le champ de leurs investigations et la nature de leurs révélations se trouvent fort restreints.
Je m'explique. - L'oeil nous indique les dimensions, les formes et les couleurs. Il nous trompe sur ces trois points.
Il ne peut nous révéler que les objets et les êtres de dimension moyenne, en proportion avec la taille humaine, ce qui nous a amenés à appliquer le mot grand à certaines choses et le mot petit à certaines autres, uniquement parce que sa faiblesse ne lui permet pas de connaître ce qui est trop vaste ou trop menu pour lui. D'où il résulte qu'il ne sait et ne voit presque rien, que l'univers presque entier lui demeure caché, l'étoile qui habite l'espace et l'animalcule qui habite la goutte d'eau.
S'il avait même cent millions de fois sa puissance normale, s'il apercevait dans l'air que nous respirons toutes les races d'êtres invisibles, ainsi que les habitants des planètes voisines, il existerait encore des nombres infinis de races de bêtes plus petites et des mondes tellement lointains qu'il ne les atteindrait pas.
Donc toutes nos idées de proportion sont fausses puisqu'il n'y a pas de limite possible dans la grandeur ni dans la petitesse.
Notre appréciation sur les dimensions et les formes n'a aucune valeur absolue, étant déterminée uniquement par la puissance d'un organe et par une comparaison constante avec nous-mêmes.
Ajoutons que l'oeil est encore incapable de voir le transparent. Un verre sans défaut le trompe. Il le confond avec l'air qu'il ne voit pas non plus.
Passons à la couleur.
La couleur existe parce que notre oeil est constitué de telle sorte qu'il transmet au cerveau, sous forme de couleur, les diverses façons dont les corps absorbent et décomposent, suivant leur constitution chimique, les rayons lumineux qui les frappent.
Toutes les proportions de cette absorption et de cette décomposition constituent les nuances.
Donc cet organe impose à l'esprit sa manière de voir, ou mieux sa façon arbitraire de constater les dimensions et d'apprécier les rapports de la lumière et de la matière.
Examinons l'ouïe.
Plus encore qu'avec l'oeil, nous sommes les jouets et les dupes de cet organe fantaisiste.
Deux corps se heurtant produisent un certain ébranlement de l'atmosphère. Ce mouvement fait tressaillir dans notre oreille une certaine petite peau qui change immédiatement en bruit ce qui n'est, en réalité, qu'une vibration.
La nature est muette. Mais le tympan possède la propriété miraculeuse de nous transmettre sous forme de sens, et de sens différents suivant le nombre des vibrations, tous les frémissements des ondes invisibles de l'espace.
Cette métamorphose accomplie par le nerf auditif dans le court trajet de l'oreille au cerveau nous a permis de créer un art étrange, la musique, le plus poétique et le plus précis des arts, vague comme un songe et exact comme l'algèbre.
Que dire du goût et de l'odorat ? Connaîtrions-nous les parfums et la qualité des nourritures sans les propriétés bizarres de notre nez et de notre palais ?
L'humanité pourrait exister cependant sans l'oreille, sans le goût et sans l'odorat, c'est-à-dire sans aucune notion du bruit, de la saveur et de l'odeur.
Donc, si nous avions quelques organes de moins, nous ignorerions d'admirables et singulières choses, mais si nous avions quelques organes de plus, nous découvririons autour de nous une infinité d'autres choses que nous ne soupçonnerons jamais faute de moyen de les constater.
Donc, nous nous trompons en jugeant le Connu, et nous sommes entourés d'inconnu inexploré.
Donc, tout est incertain et appréciable de manières différentes.
Tout est faux, tout est possible, tout est douteux.
Formulons cette certitude en nous servant du vieux dicton : "Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà."
Et disons : vérité dans notre organe, erreur à côté.
Deux et deux ne doivent plus faire quatre en dehors de notre atmosphère.
Vérité sur la terre, erreur plus loin, d'où je conclus que les mystères entrevus comme l'électricité, le sommeil hypnotique, la transmission de la volonté, la suggestion, tous les phénomènes magnétiques, ne nous demeurent cachés, que parce que la nature ne nous a pas fourni l'organe, ou les organes nécessaires pour les comprendre.
Après m'être convaincu que tout ce que me révèlent mes sens n'existe que pour moi tel que je le perçois et serait totalement différent pour un autre être autrement organisé, après en avoir conclu qu'une humanité diversement faite aurait sur le monde, sur la vie, sur tout, des idées absolument opposées aux nôtres, car l'accord des croyances ne résulte que de la similitude des organes humains, et les divergences d'opinions ne proviennent que des légères différences de fonctionnement de nos filets nerveux, j'ai fait un effort de pensée surhumain pour soupçonner l'impénétrable qui m'entoure.
Suis-je devenu fou ?
Je me suis dit : "Je suis enveloppé de choses inconnues." J'ai supposé l'homme sans oreilles et soupçonnant le son comme nous soupçonnons tant de mystères cachés, l'homme constatant des phénomènes acoustiques dont il ne pourrait déterminer ni la nature, ni la provenance. Et j'ai eu peur de tout, autour de moi, peur de l'air, peur de la nuit. Du moment que nous ne pouvons connaître presque rien, et du moment que tout est sans limites, quel est le reste ? Le vide n'est pas ? Qu'y a-t-il dans le vide apparent ?
Et cette terreur confuse du surnaturel qui hante l'homme depuis la naissance du monde est légitime puisque le surnaturel n'est pas autre chose que ce qui nous demeure voilé !
Alors j'ai compris l'épouvante. il m'a semblé que je touchais sans cesse à la découverte d'un secret de l'univers.
J'ai tenté d'aiguiser mes organes, de les exciter, de leur faire percevoir par moments l'invisible.
Je me suis dit : "Tout est un être. Le cri qui passe dans l'air est un être comparable à la bête puisqu'il naît, produit un mouvement, se transforme encore pour mourir. Or, l'esprit craintif qui croit à des êtres incorporels n'a donc pas tort. Qui sont-ils ?"
Combien d'hommes les pressentent, frémissent à leur approche, tremblent à leur inappréciable contact. On les sent auprès de soi, autour de soi, mais on ne les peut distinguer, car nous n'avons pas l'oeil qui les verrait, ou plutôt l'organe inconnu qui pourrait les découvrir.
Alors, plus que personne, je les sentais, moi, ces passants surnaturels. Etres ou mystères ? Le sais-je ? Je ne pourrais dire ce qu'ils sont, mais je pourrais toujours signaler leur présence. Et j'ai vu - j'ai vu un être invisible - autant qu'on peut les voir, ces êtres.
Je demeurais des nuits entières immobile, assis devant ma table, la tête dans mes mains et songeant à cela, songeant à eux. Souvent j'ai cru qu'une main intangible, ou plutôt qu'un corps insaisissable, m'effleurait légèrement les cheveux. Il ne me touchait pas, n'étant point d'essence charnelle, mais d'essence impondérable, inconnaissable.
Or, un soir, j'ai entendu craquer mon parquet derrière moi. Il a craqué d'une façon singulière. J'ai frémi. Je me suis tourné. Je n'ai rien vu. Et je n'y ai plus songé.
Mais le lendemain, à la même heure, le même bruit s'est produit. J'ai eu tellement peur que je me suis levé, sûr, sûr, sûr, que je n'étais pas seul dans ma chambre. On ne voyait rien pourtant. L'air était limpide, transparent partout. Mes deux lampes éclairaient tous les coins.
Le bruit ne recommença pas et je me calmai peu à peu ; je restais inquiet cependant, je me retournais souvent.
Le lendemain je m'enfermai de bonne heure, cherchant comment je pourrais parvenir à voir l'invisible qui me visitait.
Et je l'ai vu. J'en ai failli mourir de terreur.
J'avais allumé toutes les bougies de ma cheminée et de mon lustre. La pièce était éclairée comme pour une fête. Mes deux lampes brûlaient sur ma table.
En face de moi, mon lit, un vieux lit de chêne à colonnes. A droite, ma cheminée. A gauche, ma porte que j'avais fermée au verrou. Derrière moi. une très grande armoire à glace. Je me regardai dedans. J'avais des yeux étranges et les pupilles très dilatées.
Puis je m'assis comme tous les jours.
Le bruit s'était produit, la veille et l'avant-veille, à neuf heures vingt-deux minutes. J'attendis. Quand arriva le moment précis, je perçus une indescriptible sensation, comme si un fluide, un fluide irrésistible eût pénétré en moi par toutes les parcelles de ma chair, noyant mon âme dans une épouvante atroce et bonne. Et le craquement se fit, tout contre moi.
Je me dressai en me tournant si vite que je faillis tomber. On y voyait comme en plein jour, et je ne me vis pas dans la glace ! Elle était vide, claire, pleine de lumière. Je n'étais pas dedans, et j'étais en face, cependant. Je la regardais avec des yeux affolés. Je n'osais pas aller vers elle, sentant bien qu'il était entre nous, lui, l'invisible, et qu'il me cachait.
Oh ! comme j'eus peur ! Et voilà que je commençai à m'apercevoir dans une brume au fond du miroir, dans une brume comme à travers de l'eau ; et il me semblait que cette eau glissait de gauche à droite, lentement, me rendant plus précis de seconde en seconde. C'était comme la fin d'une éclipse.
Ce qui me cachait n'avait pas de contours, mais une sorte de transparence opaque s'éclaircissant peu à peu.
Et je pus enfin me distinguer nettement, ainsi que je le fais tous les jours en me regardant.
Je l'avais donc vu !
Et je ne l'ai pas revu.
Mais je l'attends sans cesse, et je sens que ma tête s'égare dans cette attente.
Je reste pendant des heures, des nuits, des jours, des semaines, devant ma glace, pour l'attendre ! Il ne vient plus.
Il a compris que je l'avais vu. Mais moi je sens que je l'attendrai toujours, jusqu'à la mort, que je l'attendrai sans repos, devant cette glace, comme un chasseur à l'affût.
Et, dans cette glace, je commence à voir des images folles, des monstres, des cadavres hideux, toutes sortes de bêtes effroyables, d'êtres atroces, toutes les visions invraisemblables qui doivent hanter l'esprit des fous.
Voilà ma confession, mon cher docteur. Dites-moi ce que je dois faire ?

17 février 1885


nb


Durant ses dernières années, se développent en lui un amour exagéré pour la solitude, un instinct de conservation maladif, une crainte constante de la mort, et une certaine paranoïa, dus à une probable prédisposition familiale, sa mère étant dépressive et son frère mort fou, mais surtout à la syphilis, contractée pendant ses jeunes années. Maupassant se porte de plus en plus mal, son état physique et mental ne cesse de se dégrader, et ses nombreuses consultations et cures à Plombières-les-Bains, Aix-les-Bains ou Gérardmer n'y changent rien. En août 1890, il commence L'Âme étrangère, qu'il ne finira jamais. En 1891, il commence un roman, L'Angélus, qu'il n'achève pas non plus. Le 31 décembre, il envoie une lettre d'adieu au docteur Cazalis, ce sont ses dernières lignes.

Dans la nuit du 1er janvier au 2 janvier 1892, il fait une tentative de suicide au pistolet (son domestique, François Tassart, avait enlevé les vraies balles). Il casse alors une vitre et tente de s’ouvrir la gorge. On l'interne à Paris le 6 janvier dans la clinique du docteur Émile Blanche, où il meurt de paralysie générale, un mois avant son quarante-troisième anniversaire, le 6 juillet 1893, après dix-huit mois d’inconscience presque totale. Sur l’acte de décès figure la mention « né à Sotteville, près d’Yvetot », ce qui ouvre la polémique sur son lieu de naissance.

Commentaires

1. Le jeudi, décembre 8 2011, 18:34 par Ninhursag

Effectivement ça m'a plu.
La lettre de Maupassant est loin d'être celle d'un fou, le monde invisible n'est pas si invisible que cela, le fait de désirer le voir peut le faire apparaître. Certaines choses sont irracontables à un public de sceptiques. J'adhère à tout ce qu'il dit puisque je vis ces choses depuis 2 ans et même bien avant mais je faisais tout mon possible pour les ignorer, par peur et aussi parce que c'est ce qu'on nous appris.
Vous ne racontez pas ce que vous avez vu ou senti parce que vous sentez que ça ne passera pas aux yeux des autres, rassurez vous je connais cela. En ce qui concerne l'éveil, il y a plusieurs stades, en deux ans j'ai passé déjà par plusieurs stades et je ne partage cela qu'avec des personnes éveillées rencontrées sur le net. L'une d'elle a créé un forum de partage pour les personnes qui sentent le besoin d'en parler et de partager les infos qu'ils glanent un peu partout. Il exite un centre (NOESIS) qui fait des recherches sur les états modifiés de conscience et toute personne déstabilisée par un éveil ou autre peut les appeler pour avoir des explications sur l'expérience qu'ils ont vécu et être rassurée.
La seule chose que je peux dire c'est que le monde actuel n'est pas le monde qui est dédié à l'homme. Lorsqu'on s'éveille on sort d'un grand sommeil et on s'aperçoit du désastre, que tous les autres dorment et on réalise que l'humanité vit dans le mensonge le plus éhonté de sa création.
Beaucoup de philosophes et d'artistes dont la sensibilité est développée ont effleuré cette vérité mais ils n'ont pas réussi à percer le voile. Le souffrance aussi amène aux portes de l'éveil, et je crois que celui-ci a lieu quand on cherche à savoir parce qu'on sent qu'il y a autre chose. Les orientaux de par leur culture s'adonnent à toutes sortes de pratiques pendant des années pour percer le voile, beaucoup échouent mais une partie d'entre eux y arrivent. Il faudrait chercher à comprendre pourquoi.
De toutes façons quand l'éveil pointe le bout de son nez il faut le vivre avec le plus grand lâcher prise possible sans se poser de question sur le qu'en dira t-on et en ouvrant tous ses sens pour l'aider à se déloyer.
Vous nous avez raconté votre expérience de sentiment océanique, je pense que vous êtes sur une voie qui prendra forme si vous vous ouvrez et je crois que c'est ce que vous faite à vous lire, il faut savoir qu'il est facile de fermer cette porte qui s'est ouverte en restant dans le déni, seulement une fois fermée, un sentiment d'avoir loupé quelque chose de très important se fera jour et les regrets n'y feront rien. Quand la porte s'est ouverte en grand pour moi, j'ai hésité à la franchir mais j'ai entendu clairement une voix me dire qu'il fallait y aller et quand je l'ai fait c'est en me disant : advienne que pourra, s'il faut aller à la découverte, allons y. Hé bien, je ne suis pas déçue du voyage!!!.
Je vous en dirais plus un jour, pour l'heure je vous accompagne un peu sur votre route si vous le voulez bien.

2. Le jeudi, décembre 8 2011, 20:36 par zorg-f

avec plaisir Ninhursag.

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