Il était 8:30, Zacharie avait revêtu son pyjama de bloc opératoire,  couleur bleu pétrole, il se lavait les mains avec la Bétadine et la brosse à usage unique, insistant sur les ongles et les interstices digitaux ; à côté de lui son aide opératoire faisait la même chose, elle le regardait en souriant, lui faisait couler l'eau stérile du bas vers le haut, afin qu"elle tombe de la main vers le coude, ensuite il se savonna de nouveau les mains à la Bétadine, rinça encore une fois ses mains  toujours du haut vers le bas, il se dirigea vers le bloc opératoire les mains tenues en hauteur pour que les avant-bras sèche, la panseuse lui tendit sa canadienne à usage unique du même bleu que son pyjama, lorsqu'il eut enfilé, on lui passa ses gants et il ferma le lien autour de sa taille.

Le patient était étendu nu sur la table d'opération, l'anesthésiste l'avait déjà endormi ; il était intubé et ventilé par la machine respiratoire, à son doigt un capteur mesurait sa saturation en oxygène, à son bras une perfusion.
C'était un homme d'une quarantaine d'années, plutôt bien fait ; il y avait un tatouage sur son épaule droite représentant un aigle, la boucle d'oreille et le piercing qu'il portait sur son sourcil droit avait été enlevé pour des raisons d'asepsie. Son aide opératoire avait déjà commencé le champ opératoire, elle badigeonnait à l'aide d'une grande pince tenant une compresse imbibée de Bétadine le bas-ventre du patient, elle badigeonna toute la région pelvienne, le pénis et les testicules qui étaient soigneusement rasé, le bas des cuisses ; ensuite elle disposa un champ opératoire également à usage unique, celui-ci comportait un large trou qui ne laissait voir que la partie qui serait opérée c'est-à-dire le pénis.

Sur une table à côté était disposé sur un champ stérile tous les instruments chirurgicaux, sur le champ opératoire le fils du bistouri électrique était attaché avec une grosse pince ; elle tendit le bistouri à Zacharie qui fit sa première incision à ras du pubis, au niveau de l'angle que la verge faite avec lui dans sa partie supérieure, c'était une incision de quelques centimètres légèrement arrondis, il n'incisa que la peau jusqu'aux tissus sous-cutanés, quelques gouttes de sang perlèrent, trois couleurs dominaient ; le bleu du champ opératoire, le rouge vif du sang et l'orange de la Bétadine, la lumière forte du scialytique rendait les contrastes encore plus forts. Zacharie posa son bistouri, prit le bistouri électrique pour faire l'hémostase de quelques petits vaisseaux sanguins qui saignaient ensuite il se saisit d'un ciseau à disséquer aux lames concaves et arrondies, il commença à libérer vers le bas les corps caverneux qu'il avait mis à découvert. Pour ne pas abîmer les petites peines il termina le travail avec ses doigts qu'il introduit dans la plaie, terminant la dissection ainsi jusqu'à ce qu'il arrive au ligament pubien. Son aide lui tendit une valve qu'il introduisit dans la cavité opératoire, il disséqua à l'aide d'une pince dont les morts étaient recourbé à 40° la partie postérieure du ligament, il termina la dissection avec ses doigts ; enfin il plaça une pince à chaque extrémité du ligament, et il sectionna le ligament,  fit hémostase en appliquant le bistouri sur les pinces, il les enleva et vérifia qu'il n'y avait aucun saignement. Il mit quelque compresse, se recula et pris la verge du patient dans sa main, il la tira vers le bas pour constater l'allongement que la section du ligament avait permis d'obtenir !
Il se tourna vers son aide et lui dit : vous croyez que c'est suffisant !
Elle haussa les épaules avec un certain mépris, certainement Monsieur je ne pense pas que vous puissiez faire mieux.

Le premier temps de l'intervention était presque terminé, il ôta les compresses, vérifia encore une fois l'hémostase et commença la suture de la petite incision pubienne. Quand il eut fini, il se redressa, repris un peu son souffle et demanda à son aide les instruments nécessaires à la deuxième étape qui commençait par une petite liposuccion ; il se saisit d'une grande canule reliée à un compresseur, il incisa la peau au niveau de la région appelée communément chez l'homme" les poignées d'amour", introduisit la canule et commença à aspirer la graisse qui n'était pas très abondante chez ce patient sportif et plutôt sec, il du prélever du côté droit du côté gauche pour obtenir une quantité suffisante de tissus graisseux. Celui-ci fut passé ensuite dans une centrifugeuse pour le rendre plus homogène ; ensuite son aide lui donna une grosse seringue qu'il remplit de cette graisse, il adapta à la seringue un trocart de fort diamètre, prit la verge du patient, enfonça le trocart à la base de celle-ci et commença à injecter la graisse, il se servait du trocart dans la pointe était émoussé comme un bec de canard, pour libérer la peau des corps caverneux et qu'ainsi la graisse s'étale de façon homogène ; pour ce faire il fallait quatre points d'injection ; ensuite il prit la verge du patient comme le boulanger pétri sa baguette, il la roula entre ses mains en faisant des mouvements de va-et-vient de façon à étaler correctement et harmonieusement ce qu'il avait injecté, le résultat était impressionnant, il avait gagné cinq centimètres de longueur et autant pour le diamètre. Mais ce n'était pas encore fini, le gland qui avait conservé sa taille normale semblait ridiculement petit par rapport au reste de l'organe !

Il prit une seringue de plus petite taille qui était remplie d'un mélange de collagène et d'acide hyaluronique, il injecta doucement ce mélange dans le gland, les tissus rigides et très vascularisés se prêtaient peu à ce mauvais traitement ! Cependant en multipliant les points d'injection et en ne déposant à chaque fois qu'une petite quantité de produit, avec un peu de patience et pas mal de doigté il réussit à donner une taille convenable à l'extrémité de l'organe.

Aucun pansement n'était nécessaire, même pas de drains, une sonde urinaire était placée par mesure de sécurité pendant 24 heures.

L'intervention était finie, son aide opératoire enleva le champ, l'anesthésiste avait déjà commencé de réveiller le patient. Zacharie enleva sa canadienne ainsi que ses gants qu'il jeta dans la poubelle réservée à cet usage.

Encore un pensa-t-il, cinq mille euros c'est pas mal, c'était si facile pour lui, cette chirurgie était tellement simple, c'était très bien payé !
Rien avoir avec la grosse chirurgie qu'il savait faire qui ressemblait à de l'escalade où chaque geste devait être pensé avant d’être réalisé, chaque prise assurée sous peine de dévisser et de tuer le malade, on ne peut pas tricher, on ne peut pas faire semblant quand on est chirurgien, il n'y a pas la place ici pour les imposteurs, c'est exactement comme les virtuoses ou comme les acrobates, l'erreur est mortelle !

Il quitta le bloc opératoire ruminant ses pensées, dans une demi-heure il allait recommencer une autre intervention, la même, encore un pénis à allonger et à grossir, et puis encore un autre, et encore un autre. C'était désespérant !
Ensuite il irait manger rapidement, et l'après-midi ils recevraient ces malades plutôt ces patients en consultation, les nouveaux patients et les patients opérés.
Deux jours par semaine il se livrait à cette désespérante occupation, deux autres jours par semaine il opérait dans un grand hôpital parisien, des heures sur des cancers du rein ou des prostates, des gens simples parfois, pauvres souvent, des gens qui plaçaient tout leur espoir entre ses mains, qui lui confiait leur vie, terrorisé par la mort et par le cancer qui venait d'arriver. C'était autre chose, c'était comme la soupe populaire, comme le mont-de-piété, c'était pour rien qu'il faisait cela, pour un salaire ridicule, quinze ans d'études pour sauver la vie des gens, pour avoir cet immense privilège d'avoir le droit de vie ou de mort, c'est une question d'éthique pensait-t-il, mais quelle récompense lorsqu'il les renvoyait avec leurs familles, leurs femmes, leurs enfants et parfois leurs petits-enfants, ce grand-père, ce père qu'on avait cru sauver, qui peut-être s'en sortirait, quelle différence avec ceux qu'il opérait à la clinique, cela qui venaient avec leurs Porsches, leur fric, leur bites, leur bites à mille euros, habillés chez Prada, parfois avec leur amant ou leur maîtresse, il devait faire semblant, bien les recevoir, les flatter dans le sens du poil, admirer ce qu'il avait fait, il se dégoûtait lui-même, il prenait leur fric, il avait vendu son âme au diable pensait-t-il, mais si ce n'était pas lui ce serait quelqu'un d'autre, alors autant qu'il en profite puisqu'il n'était pas dupe ; il décida de continuer et d'utiliser cet argent intelligemment, il allait s'intéresser à l'art, il allait acheter des choses qui lui plairaient, et pour cela il avait besoin d'Anna. Les huit jours qu'il s'était fixé était passé, il avait fait sa pénitence, il avait résisté à ne pas l'appeler, il attendit la fin de sa journée et lorsqu'il rentra chez lui il prit son téléphone portable et composa son numéro . Il était tellement ému qu'il dut s'y reprendre à deux fois, il laissa sonner longtemps, elle n'était pas la, il tomba sur sa messagerie. Il était déçu, comme il aurait voulu entendre sa voix, il lui laissa un message, il lui proposa de venir le voir à Paris, qu'il l'attendait quand elle voulait, qu'elle serait la bienvenue et qu'il lui ferait visiter Paris.
'était plat, vide et insignifiant, il n'osait pas lui dire ce qu'il pensait vraiment ; vient Anna, vient je meurs de toi, tu me manques, je m'ennuie sans toi, viens vite.
Jamais il n'aurait pu dire une chose pareille car il pensait que se dévoiler ainsi aurait fait  fuir Anna définitivement, il ne fallait pas qu'elle sache, il ne fallait pas qu'elle puisse penser que sa place était si grand dans son cœur si vide, et que pour la première fois de sa vie il se sentait tout seul.
Il posa le téléphone sur la table basse près de la statue, « la mélancolie » il le contempla longuement ce téléphone qui restait muet, attendit quelque temps en écoutant de la musique qu'elle appelle, il finit par se résigner et fut bien content de n'avoir rien dit d'important.

Demain il allait commencer sa nouvelle éducation, sa nouvelle initiation, il irait au Louvre, il allait apprendre, il achèterait des livres, peut-être même pourrait-il aller à des cours d'histoire de l'art, et puis il ferait les brocanteurs, les salles des ventes, Drouot, comme il aimerait aller avec Anna acheter quelque chose, faire monter les enchères, pour cela il avait besoin d'argent, et il fallait qu'elle l'admire, il devait, il se devait de faire des choses exceptionnelles dans l'avenir, il décida donc de trouver une idée, quelque chose qui ferait de lui une célébrité, il était chirurgien et pas autre chose c'est donc la qu'il devait chercher, de ce côté-là, il fallait qu'il réalise une prouesse, qu'il invente une nouvelle technique, ainsi Anna serait son égal, car il se sentait écrasé par la personnalité de cette femme, et il pensait bien à tort que de devenir une célébrité suffirait à vaincre son complexe d'infériorité ; en fait il se comportait sans le savoir comme les patients qu'il opérait, on ne peut pas grossir son ego en grossissant sa bite, cela n'impressionne que les imbéciles ou les gens qui vous ressemblent ; on se fait aimer d'une femme non pas avec sa queue mais avec son âme et ses faiblesses, elles n'en n'ont rien à faire les femmes, enfin pas comme ça, elles peuvent aimer un homme impuissant, elles peuvent aimer un paraplégique, elles peuvent aimer un homme qui les fait vibrer, comme un homme qui leur fait mal, qui les fait souffrir, les femmes acceptent tout lorsqu'elles aiment, même la médiocrité, même la bêtise, il suffit de les toucher avec quelque chose qu'on ne connaît pas, dont on n'a aucune idée souvent.

Si Zacharie avait lu Lacan il aurait pensé à cette phrase terrible :

« aimer c'est donner à quelqu'un quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas «

Zacharie n'avait pas lu Lacan,ni aucun philosophe, pas plus que Flaubert ou Victor Hugo, il n'avait rien lu et ne connaissait rien à la vie finalement, il allait apprendre.