la piece et le couteau.
Par f zorg le vendredi, mars 5 2010, 23:53 - Lien permanent
Benjamin BIOLAY et Jeanne Chéral "Brandt Rhapsodie"
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La pièce et le couteau
Plus jamais je n'irai méditer sur le port,
Contempler la mer, les lumières du phare,
Soupirer ma douleur, la cigarette au bec,
Comme le gladiateur j'attendais mon heure !
C'était un rendez-vous galant
J’allais chez ma maîtresse ou mon amant !
Les billets dans ma poche et le coeur transi
J’allais à mon cher rendez-vous du jeudi.
Combien de temps, combien d'années ?
L'éternité, voilà ce que j'ai trouvé.
Tout est si long, tout va si vite,
Ai-je rêvé, une heure ou une année ?
J’allais chercher ma croix, comme un pénitent,
J’ai trouvé Sade et le serviteur souffrant.
Le sperme les larmes et le sang.
La jouissance, la honte, et mon absolution.
Parfois bordel, église, sur le divan
J’ai souffert mon corps et mon âme.
La douleur est une maîtresse ardente,
Ah comme j'ai joui, pour mon argent.
Celui qui me recevait était un miroir
Celui de ma pauvre âme noire,
Un caméléon, un kaléidoscope
Mon phallus était un périscope.
J'ai baisé des fantômes
Fait l'amour à des spectres.
Mon père m'a enculé
J’ai fécondé ma mère.
C'était une belle partouze,
Tout le monde a baisé.
Sauf un, qui ne disait rien
Son nom, je crois qu'il s'appelait !
Je ne sais plus, Jésus machin.
Qu’est-ce qu'il foutait la,
Empêcheur de jouir, voyeur,
Il regardait, avec un grand sourire niais.
Je n'aime pas qu'on me mate,
Ça me fait débander,
Tu baises où tu te casses,
Voilà ce que je lui ai dit.
Il a pris ses ailes à son cou,
Moi, j'ai tiré mon coup
Mes yeux pleins de larmes
Sur moi il y avait son sang.
Lorsqu'il n'y a plus rien à baiser
Que dans le miroir, il n'y a que le vide,
La partouze est finie, faute de partenaire.
La messe est dite et l'histoire commence.
J’ai déserté le rendez-vous du jeudi
C'est là que je suis parti, que j'ai refusé,
Pour 2,50 €, d'acheter le suaire
De l'homme au regard triste.
Celui qui a des ailes, qui regarde sans rien faire
Qui pleure des larmes de sang et à les pieds percés,
celui-là je ne pourrai jamais être son ami
Parce que je ne suis pas digne de lui.
Plus jamais, je n'irai dans cet endroit hors du temps
Jouer au papa et à la maman,
À touche pipi, et à vague à l'âme.
Caresser le fantasme, toucher le signifiant.
Le phare est toujours là et la mer aussi,
L’endroit existe, il n'a jamais cessé.
Je suis toujours là, jamais parti,
Une trace de moi, un fragment.
Un jour je reviendrai quand je serai grand.
Celui qui est parti, n'était qu'un enfant.
Un jour j'irai chercher ce que j'ai laissé,
Un couteau et une pièce de monnaie.
zorg-f
5 mars 2010