quelle est la limite?
Par f zorg le jeudi, mars 4 2010, 13:00 - Lien permanent

Quelle est la limite ?
Quelle est la limite de la souffrance qu'un être humain peut endurer ? Voilà la question que je me pose. Qu'est-ce qui me retient à la vie ? pourquoi suis-je encore debout ?
J'ai quitté mon analyste pour des raisons plus complexes que celles que je m'étais inventé ; j'ai quitté mon analyste, parce que mon instinct me disait qu'il ne pouvait plus rien pour moi, il n'y a de résistance que de l'analyste ! Il m'emmenait vers des chemins que je ne pouvais pas prendre, c'est peut-être là le problème, j'y ai pourtant cru, à la spiritualité, à l'enfant intérieur, parce que je l'ai vécu pendant un moment, parce que j'ai vécu d'immenses moments de bonheur, d'espoir, habité par une foi inébranlable en moi-même, on dit bien qu'il n'y a que la foi qui sauve.
Est-ce de sa faute, est-ce de la mienne? de mon immense orgueil? de mon noyau hystérique? je ne sais pas ; tout ce que je sais c'est que je suis complètement anéanti, que je vis des périodes d'angoisse terrible, qui pourraient si je n'étais pas entouré d'amour me faire commettre l'irréparable.
Je n'y comprends plus rien, je ne peux plus rien analyser, je subis c'est tout, je trouve la paix, un semblant de paix uniquement dans mon travail, c'est nouveau, auparavant c'était l'inverse, maintenant c'est pendant les jours de repos que je suis le plus mal.
La conséquence c'est que je ne plus jamais me reposer.
Putain de blog, triste récit d'un homme qui croyait vous éclairer, qui croyait pouvoir raconter une histoire pleine d'espoir, hélas mon récit ressemble de plus en plus à mars, et à la perdition de son pauvre héros.
Pourtant je me baisse pas les bras, je vais tenter une analyse avec un autre praticien, contrairement à ce que je pensais auparavant, je vais essayer ailleurs et on verra bien ! De toute façon je n'ai pas d'autre choix, c'est l'analyse qui m'a fait le plus de bien, bien plus que les médicaments dont je dois abuser pour ne pas me tuer.
J'ai eu une conversation très intéressante avec un de mes confrères représentant de notre caisse de retraite, apparemment je ne suis pas le seul, beaucoup de médecins s'effondrent comme moi, 50 % des mises en invalidité des médecins sont dus à des raisons psychiatriques, il a été surpris de ma démarche, que j'ai consulté les psychiatres, que j'ai entrepris une analyse, la plupart ne font rien, s'enfoncent tout seul dans l'alcoolisme, et les gestionnaires des caisses de retraite doivent gérer des situations très difficiles, et souvent faire appel à des fonds d'aide, ces médecins ne payent pas le plus souvent leurs cotisations de retraite; des maisons de repos ont été créées, ou l'anonymat est respecté, moi l'anonymat j'en ai rien à foutre, j'assume ma dépression comme une autre maladie, et je n'en ai pas honte.
Je lui ai dit que parfois j'avais envie de mourir, il m'a répondu n'attendez pas la dernière limite pour vous faire mettre en arrêt de travail, le problème c'est que je ne connais pas mes limites, je les découvre tous les jours, je ne sais pas jusqu'où je peux aller, je suis allé tellement loin déjà dans l'impossible, car j'y trouve chaque fois mon compte, chaque épreuve que je surmonte me rend plus fort, et surtout me permet de tenir debout, de me regarder en face dans la glace et dans le regard de mes enfants et de ma femme ; c'est ce qu'on appelle le chemin des épreuves, combien de temps vais-je résister à la difficulté de ce chemin ?
C'est un combat permanent, une lutte incessante, entre l'angoisse qui m'anéantit et mon désir de vivre et d'être heureux. J'y trouve à chaque fois mon compte, et à chaque fois la fierté d'avoir résisté un jour de plus !
Ce qui soulage de l'angoisse c'est le bonheur, c'est le désir, si on se laisse envahir on ne peut plus lutter. Cette semaine dans mon cabinet j'ai reçu un jeune garçon d'une vingtaine d'années adressé par le service d'urgence, il portait sur son visage tellement de douleur que je lui ai demandée ce qui lui arrivait. Il m'a répondu qu'il avait une maladie des nerfs, lorsqu'il était mal il cassait tout autour de lui, où il se faisait du mal à lui-même, je lui ai demandé quel médicament il prenait, il m'a répondu du Lexomil.
Névrose d'angoisse ai-je pensé, j'ai souris à l'intérieur de moi, et je lui dis : ce que vous vivez, je le vis tous les jours, l'angoisse je sais ce que c'est. Il m'a regardé, son visage s'est détendu, il avait une tête d'enfant, il m'a dit : c'est la première fois qu'un docteur me parle comme ça, comme ça fait du bien.
Je ne lui ai pas dit grand-chose, je lui ai conseillé de voir un psychologue à l' hôpital , puisqu'en plus il n'avait pas d'argent, pas de travail, pas de parents, plus de permis, seul, tout seul avec sa terrible souffrance. Je ne vous parle plus les innombrables témoignages que je recueille tous les jours, des histoires implacables, des familles entières sur trois générations décimées par la névrose ; on leur a dit que c'était génétique, moi je leur dis que c'est transmissible, 20 ou 30 ans de souffrance permanente, des prescriptions hallucinantes d'antidépresseurs, d'anxiolytiques et d'hypnotiques, dans le seul résultat est d'empêcher les gens de se suicider.
Dimanche j'ai reçu un ami cher, nous avons déjeuné ensemble, et puis ils sont passés à la maison, je leur ai montré mes tableaux ; peut-être que mon ami est excessif, certainement même, il a lu mon livre et m'a dit que c'était une oeuvre littéraire, il a regardé mes tableaux et a éclaté en larmes, il m'a dit : jamais je ne pourrais écrire ce que tu peux écrire, jamais je ne pourrais peindre ce que tu peins, j'envie ta souffrance !
Je lui ai répondu que je préférerais ne rien écrire et ne rien peindre et ne pas vivre cette terrible souffrance, peut-être un jour plus tard, pourrais je peindre ou écrire dans la sérénité, mais aurais-je encore envie, je ne crois pas.
Voilà je vais tenter de reprendre mon navire en main , je suis dans la tempête, dans les quarantièmes rugissants de la souffrance, je suis un navigateur solitaire, comme tous les capitaines courageux, je n'ai plus de cartes, je n'ai plus aucun repère, le ciel est noir et je ne vois pas les étoiles, même pas l'Étoile polaire, le dernier mot de mon analyste était STELLA, étoiles en latin, synonyme de pierre, pierres précieuses, ma préférée c'est le rubis, couleur de sang.
Commentaires
Ce cap que vous vivez actuellement me replonge dans une situation qui me semble proche, à un moment de mon analyse je ne supportais plus la dépendance aux séances, à l'analyste, à l'analyse, je ne sais pas trop, mais cette dépendance m'était devenue insupportable et je suis partie en disant "il faut que je sauve ma peau car ça me détruit".
Je suis donc partie mais la souffrance était devenue encore pire, on croit toujours que le pire est là mais il y a toujours du pire à venir!
J'y suis donc retournée et j'ai pu discuter de cette dépendance insupportable, j'avais l'impression d'être face à un gourou et de ne plus avoir aucun libre arbitre.
J'aurais acceptée de payer n'importe quelle somme pour une séance! j'avais l'impression de n'avoir plus de limite à ma soumission.
Et puis le psy a dit une phrase qui m'a apaisée, je lui parlais de dépendance comme à une drogue ou à l'alcool et il m'a dit on peut aussi avoir un besoin vital d'eau,
alors j'ai compris que j'étais dans une phase de dépendance à quelque chose de vital, c'était l'analyse qui m'était vitale à ce moment là.
Plus tard, j'ai pu avoir de nouveau mon libre arbitre, du moins en partie, ou parfois.
Reprendre votre navire en main, oui mais parfois une boussole est nécessaire quand la souffrance aveugle ou prive de moyens.
La boussole c'est l'aide extérieure.
Tenez bon, matelot , vous êtes en pleine mer (e?)
bonjour lixe, content de vous lire.
Je vais plutôt mieux, je pense que de toute façon j'avais besoin d'un break, je n'ai plus envie de m'allonger sur le divan, je ne sais pas pourquoi, je n'ai plus envie de parler de tout ça, je viens de passer deux belles journées, l'angoisse est moins forte.
Je suis en train d'écrire un roman ou une nouvelle je ne sais pas encore, à ma grande surprise je parle encore de moi, mais d'une façon parabolique, et c'est très intéressant, au moins pour moi, j'en ai parlé à mon analyste avant de les quitter, et il n'a pas capté, c'est bizarre, comme si il ne voulait pas aborder ce sujet, comme si cela lui faisait mal.
J'ai une adresse, une femme que je connais, je vais attendre un peu et voir ce qui se passe, je crois avoir compris que mon problème était ma mère, inconsciemment cela fait longtemps que je le sais puisque j'en parle dans le poème la séance de psychanalyse.
Si vous êtes curieuse, allez lire le début, ça s'appelle la greffe, c'est dans la rubrique pages, ma femme a beaucoup aimé et m'a encouragé à continuer.
Je m'en vais travailler, à bientôt, au fait le forum remarche, si vous avez envie
Je n'aurais jamais osé vous le le conseiller, au nom de quoi ?
Mais puisque vous en parlez ...
Oui, allez voir un autre analyste si le lien est rompu avec le précédent (quoique sa porte vous soit toujours encore ouverte).
Ce ne sera pas une nouvelle analyse, tout ne sera pas à recommencer, ce sera sa continuation, et peut-être une fin (d'analyse) au bout, allez savoir ?
De toutes manières, une rupture est un acte fort, autant vous en servir comme base pour rebondir (avec le même analyste ou un autre !)
Ce n'est que mon expérience.
Bien amicalement
pourquoi pas,gab, tout avis est bon à prendre.
Comme vous dites, arrêter son analyse est un geste fort, j'ai même dit que c'était un geste analytique.
Je vais de mieux en mieux, et pour l'instant j'attends de voir comment les choses vont évoluer, j'ai déjà écrit que mon analyse était terminée, quand j'ai fait mon livre c'est ce que je pensais, la rechute a été due a l'erreur de mon analyste, et peut-être aussi à la maladie de ma mère.
J'ai contacté cette jeune femme psychanalyste, elle m'a demandé de réfléchir, c'est ce que je vais faire, personnellement je n'ai pas envie de reprendre une analyse, je vais essayer de me débrouiller tout seul comme un grand !
La suite sur le blog !
Amicalement à vous