tropiques psychiatriques.
Par f zorg le lundi, février 15 2010, 21:17 - Lien permanent
Si je devais faire un bilan, tirer quelques leçons, quelques enseignements, des cinq ans de souffrance passée, et future voilà ce que je pourrais vous dire.
La première chose, c'est que la dépression est un cycle infernal, que l'épuisement physique et moral, réamorce constamment le processus dépressif.
J'ai pris 15 jours de vacances, dont huit jours dans un club de vacances bien connu, dans une île tropicale et touristique, une machine à touristes, rempli d'hôtels, entouré de lagons morts, servi par des esclaves modernes payés 150 € par mois, et bienheureux de toucher ce salaire de misère, bien moins misérable que celui qu'ils toucheraient s'ils travaillaient dans une entreprise de leur île, où ils gagneraient moitié moins en travaillant deux fois plus, tristes tropiques, paradis à touristes.
Un séjour dans ces hôtels coûte environ 2000 € par semaine, c'est le prix d'une journée d'hôpital en service spécialisé, on y mange beaucoup mieux, l'accueil est chaleureux, les chambres confortables, cela devra être remboursé par la sécurité sociale. Et ça coûterait beaucoup moins cher !
Tout cela pour vous dire, que j'ai dormi 10 heures par nuit au minimum, le matin vers 10 heures, j'allais péniblement prendre mon petit déjeuner sur le lagon bercé par les alizés, après avoir pris ma douche dans une salle de bains pavés de pierres noires du plus bel effet, 20 minutes sous la douche c'est le minimum, prendre son temps quel bonheur.
Mon petit déjeuner terminé, une petite demi-heure, c'est tellement bon de boire son thé sans se presser, en regardant le ballet des nuages, la couleur de la mer passant du bleu indigo au vert caraïbe, au fil des ondées tropicales, brutales et passagères, et puis du grand soleil, chassant tout sur son passage, j'allumai ma gitane, sans filtre, là-bas on peut fumer.
Encore épuisé par tant d'efforts, chassant le début d'une crise d'angoisse comme tous les matins, je me traînais vers le lagon pour prendre un bain dans une eau à 30°, ensuite je partais refaire une sieste sous les filaos, à l'ombre pour ne pas brûler ma peau, je m'allongeait sur le dos, regardait le ciel, et j'allumai ma deuxième gitane toujours sans filtre.
Deux heures après, je partais manger, toujours sur le lagon, quelques poissons grillés, arrosé d'un vin blanc sud-africain, je prenais mon café et j'allumai ma énième gitane sans filtre. Épuisé par tant d'efforts une sieste était nécessaire, d'autant plus que c'était l'heure de la deuxième crise angoisse de la journée.
Quelques heures après, je retrouvais ma place sur le lagon, j'ouvrais un livre, où j'allais me baigner, où je dessinais, quelques croquis de voyage, au cas où un jour j'illustrerai quelques textes, on ne sait jamais. Quelques gitanes plus tard et quelques bains plus tard, il était temps d'aller faire un peu de yoga,ou de stretching, et puis le rhum m'attendait,morrito ou te punch suivant mon humeur, où les deux pourquoi pas, le paquet de gitanes était presque vide, j'en ouvrais un autre.
Une douche, on s'habille, il fait toujours 30°, il est temps d'aller dîner, encore des poissons grillés, du vin blanc d'Afrique du Sud, un dernier café, un dernier rhum, une dernière gitane sans filtre, 9 h 30 i au lit, 11 heures de sommeil, aucun médicament, je dors comme un enfant et puis je refais l' amour.
C'est beaucoup plus efficace que les neuroleptiques les psychotropes et les anxiolytiques, au bout d'une semaine à ce rythme effréné, j'avais repris figure humaine, et mon âme aussi, presque plus d'angoisse, un petit fond, pour me rappeler d'où je venais.
Mais c'est toujours pareil, ça ne dure pas, je reprends le gros Boeing, 12 heures d'avion, j'adore l'avion, c'est étrange je n'ai pas envie qu'il s'écrase, et puis nous arrivons, il fait froid, je reprends ma voiture, je perds mon sac de voyage avec tous les dessins, ce qu'il me reste comme gitane, mes livres..............., j'arrive à la maison, il est deux heures du matin, je trouve sur mon bureau la prolongation d'arrêt de travail de ma secrétaire, crise d'angoisse, un Xanax et au lit, finies les vacances.
La conclusion de tout ça, les tropiques sont tristes, tout est artificiel, et c'est quand même beaucoup mieux que l'hôpital psychiatrique, c'est beaucoup moins cher, et Dieu comme on est bien, sans médicaments, sans angoisse, juste du soleil, du sommeil, de la paix, un vrai un jardin d'enfants !
Vous savez que je suis chirurgien, chirurgie maxillo-faciale, lundi matin je devais recommencer à opérer, mon cycle d'angoisse avait recommencé, première angoisse au lever, j'ai pris mon petit déjeuner, avalé les anxiolytiques, et je suis parti à l'hôpital, la peau en feu comme d'habitude, avec l'envie de me tuer comme d'habitude, et je me demandais comment j'allais faire !
Ce matin-là j'avais une intervention de chirurgie plastique, une otoplastie, c'est la correction des oreilles décollées, autrefois j'adorais ça, il n'y a pas de petite chirurgie, lorsque vous touchez au visage de quelqu'un, en général d'un enfant ou d'un adolescent, si vous ratez, vous pouvez bousiller sa vie; la demande de ces enfants est toujours plus ou moins névrotique, il faut faire très attention à leur demande, bien réfléchir à leur désir, savoir refuser si vous pensez que le problème est ailleurs.
Justement ce jour-là j'opérais un cas limite, un jeune adolescent mal dans sa peau, un peu rasta, il avait une oreille légèrement décollée, j'avais failli refuser de l'opérer, et puis je ne sais pas pourquoi j'avais cédé. Je pensais à ça en rentrant en salle d'opération, j'étais très mal, je me demandais si j'allais pouvoir bien opérer.
La chirurgie esthétique ou plastique est du domaine de l'art, en plus de la chirurgie classique, où il faut éviter les complications, hémorragiques ou infectieuses, là il faut faire quelque chose d'harmonieux, tout est dans le détail, dans la mesure, dans l'instinct. J'avais décidé d'aller vite et de ne pas avoir d'états d'âme, c'est-à-dire d' être simple.
Je n'ai eu aucun plaisir à opérer cet enfant, aucune jouissance, j'ai bien travaillé, et puis j'ai enchaîné l'intervention suivante. L'angoisse ne m'a pas quittée de la journée.
Ce matin au troisième jour de l'intervention, j'ai revu cet enfant, ou plutôt cet adolescent. L'infirmière avait défait le pansement, c'était magnifique, il n'avait pas souffert, il avait un grand sourire, il était heureux. Alors moi, à ma grande surprise, j'ai éprouvé du plaisir, j'étais fier de moi, j'étais content pour lui, et puis je me suis dit que j'avais réussi une nouvelle fois. Pourtant ils étaient bien loin les tropiques psychiatriques, une semaine déjà s'était passée, adieu les nuits de 11 heures, l'oisiveté du lagon, de nouveau je vivais dans la peur.
Je pense que la psychanalyse ne peut plus rien m'apporter, je pense que je suis allé au bout, que j'ai trouvé la faille, la faille existentielle, d'un nourrisson qui a eu peur très jeune, trop jeune, il n'a pas pu s'identifier dans le regard d'une mère immature, les dés sont jetés et ils sont pipés, la résilience ne fonctionnera pas, la mémoire ne s'effacera pas, je ne pourrais pas me reprogrammer ; je continue à voir mon psychanalyste parce que j'ai besoin de son soutien, j'ai besoin de son regard, c'est mon deuxième père, je continuerais le temps que je jugerais nécessaire et cela risque d'être long, dans quatre ans lorsque je serai en retraite. Parce que là je serai enfin libre de mon temps, je pourrais enfin me reposer comme je l'ai fait pendant huit jours, des nuits de 11 heures et des siestes sur le lagon, des heures à dessiner et à lire, à regarder un ciel, à discuter avec les rastas. J'ai besoin de liberté et de temps et de paix, et aussi beaucoup de repos, qu'on ne m'accorde pas, puisque je ne suis pas assez malade pour être arrêté.
Je continuerai à fumer des gitanes sans filtre, qui vont me tuer à petit feu, cela n'a aucune importance, je n'ai pas envie de vivre très vieux, et de terminer ma vie en maison de retraite avec une sonde urinaire , une couche-culotte et une maladie d'Alzheimer, j'espère seulement avoir le temps de profiter un peu d'une nouvelle liberté, qui me permettra de m'occuper de mes petits-enfants, de peindre et d'écrire, de caresser ma femme, de l'emmener se promener, se baigner avec moi, d'aller pêcher des crevettes, traîner le soir dans mon jardin l'été, en regardant le ciel en refaisant le monde.
Si j'étais dépressif, puisque j'ai commencé ce billet par ce mot, tout cela ne pourrait pas exister, je ne pourrais pas trouver la paix en vacances, en fait je ne sais pas trop ce que j'ai, et je m'en fiche, personne ne comprend rien à la maladie existentielle, ni les médecins, ni les psychiatres, ni les philosophes, cela est classé comme le reste avec le mystère, celui de l'âme, celui de l'univers, celui de l'esprit.
Le plus difficile pour moi, sera de passer ces quatre années sans tomber. Je suis sur le fil en permanence, il me faut déployer des trésors d'ingéniosité et d'intelligence et de courage aussi, pour affronter ces terrible crises d'angoisse, qui à chaque fois me laisse presque pour mort, et me font souhaiter la mort, et pour ne pas être comme disait Georges Bataille « un jésuite agité » il faut qu'a chaque fois j'utilise cette énergie négative, pour en faire quelque chose de constructif, de positif. C'est là toute la difficulté.
Je ne m'attarderai pas sur toutes les choses insensées que la souffrance m'a obligées à faire, ce blog par exemple, que quelqu'un a nommé : le blog étrange. mes petits poèmes, mes petites peintures, mes petits écrits, ma tentative de livre, quel insensé j'étais d'imaginer que je pouvais ou que je pourrais être édité !
Mes lectures aussi,............ je me suis fait une sacrée culture en trois ans, ce n'est pas inutile, le plus drôle c'est que j'ai retrouvé la plupart de mes lectures d'enfance, cela fait bien longtemps que je me cherche moi-même. Il va falloir laisser mûrir tout cela, que ça décante un peu, que je prenne du recul, en tout cas ce que j'ai compris, c'est qu'aucun livre, aucune philosophie, aucune religion, ne peut me sauver à ma place, rien d'extérieur à nous-mêmes ne peut nous rendre service, il faut comme disait je crois Voltaire, ou peut-être Marie balmary je ne sais plus, filtrer les connaissances, prendre seulement ce dont on a besoin, et laisser le reste à l'écart, c'est le plus difficile de ne pas se pas trop influencer, leurrer, embrigadé, rester libre, un esprit libre, avec la souffrance c'est extrêmement difficile.
Je viens d'avoir une idée de livre, un thriller noir et philosophique, une sorte de métaphore sur le désir moderne et matériel, de l'hyper sexualité, quelque chose qui tourne autour de la taille du sexe masculin, et des greffes d'organes ! Je ne vous en dit pas plus pour qu'on ne me pique pas mon idée, tout y passera, trafic d'organes, pillages des corps pendant les grandes catastrophes naturelles, je pense à Haïti, imaginez toutes ces greffes possibles, tout ces corps inutilisés, c'est une mine d'or dans les mains d'une mafia qui n'y a pas encore pensé !
Voilà c'est tout pour aujourd'hui, j'oubliais pour M. Sarkozy, un nouvel impôt, pourquoi n'a-t-il pas pensé qu'on pourrait taxer les mails ! C'est bizarre!