Vers le centre.


J'ai fait trois découvertes, comme je le supposais depuis longtemps, mon histoire psychanalytique ne se limite pas à l'hystérie masculine. J'ai une psycho névrose, je suis borderline. Mon ami, mon très cher ami pédopsychiatre maintenant disparu, me l'avait dit un soir d'été, nous avions beaucoup bu, beaucoup parlé, je m'en souviens comme si c'était hier, à l'époque cela avait glissé sur moi, comme la pluie sur la feuille du lotus.

J'ai ouvert la lettre de mon père, comme on ouvre un sarcophage, c'est la seule lettre qu'il m'a écrite en réponse à la seule lettre que je lui ai écrite. Pourquoi l'ai-je ouverte maintenant, alors que je voulais attendre sa mort pour le faire ? Mon inconscient a dû juger que c'était le moment.

Mon père depuis trois ans ne s' exprime plus, n'écrit plus, ne communique plus. Cette lettre est un message d'outre-tombe, d'un mort vivant, c'est une drôle de sensation d'ouvrir cette enveloppe, et de lire ces lignes écrites par un cerveau maintenant détruit. Je croyais savoir ce qu'il y avait à l'intérieur, et ce que j'ai trouvé m'a bouleversé, il m'a dit ce que je savais, il m'a dit qu'il n'a jamais su ou pu manifester pour moi l'expression de ses sentiments, il m'a dit qu'il n'avait jamais pu manifester son amour pour moi, que cela lui était impossible.

Cet aveu est terrible à entendre, ainsi voilà pourquoi j'ai souffert, d'un amour unilatéral, sans retour, d'un père incapable de dire son amour à son fils, puisque j'étais son rival, face à ma mère qu'il aimait d'un amour proche de la folie.

Je sais maintenant que ce qui me ronge est en amont, ce qui me ronge c'est le monstre, et le monstre un rapport avec la mère et le stade du miroir, ça fait longtemps que je pense cela, c'est quelque chose qui a rapport avec le moi, un moi qui n'est pas moi, à moitié moi, une identification qui n'a pas été faite, j'ai trouvé par hasard un blog ou un philosophe qui a vécu la même chose que moi, fait une analyse extrêmement fine et pertinente de la cause de l'angoisse, et de la démarche à suivre, de l'attitude intellectuelle, vis-à-vis de la psychanalyse, et de la philosophie et aussi des religions, pour tenter de se sortir de ce labyrinthe mortifère.

Il dit avec justesse, qu'il ne s'agit pas de faire le quart de tour de Lacan, la traversée du fantasme, mais bien de pénétrer le cœur du noyau de la psychose au risque de brûler son esprit et de ne jamais plus revenir de ce dangereux voyage, pourtant incontournable. Pour ceux que cela intéresse je vais vous mettre le lien de ce blog.

http://guykarl.canalblog.com/archives/edition_1_philosophie_du_borderline/index.html

un extrait.


Le borderline est ainsi un irréconciliable de la normalité sociale, un déviant par essence, un déconnecté, un dérivant, un hors-classe, un inadapté structurel, « entre ire et délire », trop conscient pour délirer, trop conscient pour ne pas souffrir, déchiré entre la rage d’une impossible réconciliation, et la menace d’un effondrement dans l’asymbolie, flottant indéfiniment entre l’exacerbation et l’aphasie. Et ce qui lui reste d’identité, à défaut de constituer une singularité paisible et récurrente, ne sera autre chose qu’une impossible réduplication de l’Idéal, mirage évanescent et persécuteur où se perdront sa force et sa raison. Champion de l’Idéal, amant courtois d’un Absolu magnifique et informe, éternel cocu de la satisfaction passionnelle, le borderline est cet errant aux mains blanches, à la bure trouée qui ne vit que d’attente déçue, et d’impossible bonheur. Figure sublime et pitoyable, éternel artiste, mystique et poète, il balancera sans fin entre les mirages de la Beauté et la séduction du Mal. Tantôt esthète, tantôt brigand, amant, ermite, vagabond et vaurien, il incarnera les figures évanescentes de l’insatisfaction, de la rébellion, du sublime et de la terreur. Inquiet et inquiétant, à la marge du commun, il manifeste à jamais les incertitudes, et les chances, de la liberté.



J'ai trouvé également une parole intéressante, celle de Julia Kristeva, au sujet de la psychanalyse et de la littérature ainsi que de la poésie, langage privilégié de l'inconscient, qu'elle compare aux babillages du nouveau-né, la poésie sur le plan phonétique et musical étant le langage pre- oedipien .

javascript:xt_med('M','27','Litt%C3%A9rature%20et%20psychanalyse','pause','6301.72','2','','rtmpt://mediaFM01.cines.fr/3517/cerimes/amphis/')

Vous savez que je suis un ignorant, je l'ai assez écrit, mais parfois dans ce que j'ai écrit il y avait des fulgurances et des lumières qui ne m'appartenaient pas, une connaissance intuitive des choses, le génie intérieur, et lorsque je retrouve des gens bien plus cultivés que moi, qui disent avec des mots plus savants que moi, ce que j'ai pressenti, ce que j'ai ressenti, avec mon intuition, et ma souffrance, je suis à chaque fois émerveillé, à chaque fois agenouillé, devant ce mystère, celui de l'esprit humain. Et puis pour moi, c'est toujours un nouveau chemin qui s'ouvre, une nouvelle piste, pour continuer ma route, mon aventure intérieure, vers le but que de je me suis fixé, qui est celui de ne pas être anéanti, et de devenir peut-être un jour, un homme libre, désentravé, désenvouté.