une position intenable !
Par f zorg le mercredi, janvier 13 2010, 20:46 - Lien permanent
Sur la route, les mains dans les poches.
Vieil enfant, j'ai des désirs de gosses.
la gorge serrée, ma main sur un coquillage !
Souvenir ancien, du bonheur sans âge.
Oublié, mon corps vif-argent
perdu, l'illusion de la pureté.
Je n'ai jamais été un enfant
je crois, que j'ai fait semblant !
zorg-f
12.01.2010
Une position intenable !
Cet été quand j'allais si mal, mon psychanalyste m'a dit : « vous êtes dans une position intenable ! » Que voulait-il que je comprenne, il m'avait conseillé de lire le livre de Kundera : l'insoutenable légèreté de l'être. Ce livre parle de l'éternel retour de Nietzsche.
Curieusement, la pesanteur de l'être, la reproduction incessante de la douleur, m'a amené au livre d'Albert Camus : le mythe de Sisyphe !
Depuis 15 jours, ma secrétaire étant en arrêt de travail, ma femme et ma deuxième fille m'aide. Ma deuxième fille m'a stupéfait, par sa sollicitude, et surtout son amour, pour son père. Je me suis rendu compte du poids que j'avais dans sa vie, de l'extrême importance de l'image du père.
Ma petite fille, mon bébé,te voilà devenu une femme; Dans mon portefeuille j'ai toujours un petit dessin de toi, il y a une planche à voile, la mer et le soleil, et moi sur la planche à voile, avec un petit mot : pour mon papa que j'aime.
Vous m'aimez comme un père, et vous me le prouvez tous les jours, je lis dans vos regards l'amour et l'admiration ; c'est vrai que j'ai beaucoup travaillé, que j'ai lutté toute ma vie contre mes démons, et que je vous ai donné malgré tout, ce que moi on ne m'a pas donné : la possibilité d'aimer !
Alors je pense, il faut que je continue à lutter pour vous, malgré l'angoisse qui ne me lâche plus, et cette angoisse, est en rapport avec l'amour, l'impossibilité d'aimer.
La dépression est maladie d'amour, un chagrin d'amour,j'avait écrit il y a bien longtemps que le mot magique était amour, j'avais fait mienne cette phrase de Rimbaud : « l'amour voilà la grande foi » j'avais écrit que la psychanalyse était un rapport amoureux, je l'ai trouvé plus tard écrit par Lacan, pour les mystiques et les religieux Dieu est amour, pour Spinoza aussi, Houellebecq que j'aime bien disait en citant Schopenhauer : « décidément, immenses sont les forces de l'amour ».
Je suis incapable d'aimer, chante Gérald de palmas , et il ajoute, je suis submergé par des flots d'amour, d'où vient ce sentiment étrange? il éprouve l'amour et il ne peut pas l'exprimer, pourquoi donc?
lorsque j'étais enfant, j'étais fou d'amour pour mes parents, mais l'amour que mes parents portaient pour moi, était un amour pathologique, vicié par leur propre névrose, et cet amour je ne pouvais pas l'accepter sous peine de devenir leur chose, de perdre mon identité; Freud avait raison cette théorie de l'inconscient et du complexe d'œdipe, basée sur l'expérimentation et l'écoute de patients hystériques, sur l'expression à travers leurs corps de la souffrance morale, cette théorie est certainement fondée, pas complètement fausse.
Lorsqu'on propose un enfant un contrat d'amour impossible, entraînant inévitablement sa mort psychique, la seule réaction possible pour lui, c'est le déplacement par quelque chose d'autre de cette pulsion d'amour, puisque je ne peux pas t'aimer, je vais te haïr, et je vais enfermer en moi tous ces élans, je vais me mutiler, je vais oublier que j'ai un sexe, et puisqu'il faut que je jouisse, je le ferais autrement, en faisant pipi au lit, et comme je ne peux pas parler, dire cet amour , je vais bégayer, et lorsque ce sera trop fort, ce sera mon diaphragme qui se bloquera dans un spasme de douleur.
Rien de tout cela n'est chimique, de la mémoire, seulement de la mémoire archaïque.
Je commence à aller mieux,pas à cause de la chimie, je ne prends presque plus rien, je me soigne à l'amour et à l'émotion et à la réflexion ! Je n'ai jamais eu autant de travail, pourtant tout le monde sait ! Ce médecin connaît la souffrance morale et en parle à ses patients, ma position sur ce plan-là n'est plus intenable, j'ai avoué ma fragilité comme d'autres avouent leur homosexualité, et personne ne m'ennuie plus avec cela ! Au moins les choses sont claires.
Je suis dans une position intenable, l'angoisse me le rappelle tous les jours, parce que je suis incapable d'aimer, ce n'est pas exact, je deviens capable d'aimer et c'est pour cela que je souffre, j'ai ouvert une brèche dans ma carapace, je me suis accordé la fragilité, et c'est cela qui déclenche la souffrance, car tout au fond il y a le noyau de la névrose, qui veut m'empêcher d'exprimer cet amour. Celui-là, ma vraie personne, je l'ai appelé le petit mendiant d'amour, il y a presque un an, j'avais fait un rêve éveillé, je l'avais vu dehors sur la pelouse, misérable, tout maigre sur une couverture, comme celle de mon tableau, le musicien, ce petit garçon qui mendiait de l'amour, cette toile le musicien, qui n'est pas un chef-d'œuvre pictural, est un chef-d'œuvre de mon inconscient, je m'en suis rendu compte après, c'est ma femme qui me l'a dit, elle m'a dit : c'est toi, c'est ton visage.
Pourtant j'ai fait des progrès, j'ai écrit à mon père il y a bien longtemps une lettre ou je lui disais mon amour, il m'a répondu, à cette époque il n'était pas paralysé, cette lettre est sur mon bureau, je ne l'ai jamais ouverte, peut-être plus tard, ou le jour de sa mort, je crois savoir ce qu'il me dit. Et puis cet été j'ai serré ma mère en larmes pour la première fois dans mes bras, mais cela ne suffit pas, on ne peut pas revenir en arrière, c'est impossible, je fais ces gestes pour moi, comme lorsque je suis allé sur la plage naturiste, il fallait que je me montre nu, que je montre mon sexe, il fallait que je dise mon amour à mon père et à ma mère, je n'attendais rien en échange, même si il y a eu une réponse, cela n'a plus aucune importance.
Je me suis intéressé de très près à Dieu, et je reste imperturbablement agnostique, pourtant je suis habité par quelque chose qui me dépasse, ce quelque chose je ne veux y mettre ni nom, ni image, ni religion, cela restera en l'état, en l'état de quelque chose d'intangible,d' indicible, laissons le ciel aux anges et aux moineaux disait un philosophe, je laisse le ciel à ceux qui l'habitent, moi ce qui m'intéresse c'est la vie vivante, c'est mon parcours sur terre, c'est ce que j'ai à y faire, m'occuper de mon clan, aimer les miens, transmettre ce que je sais, essayer de rester en vie le plus longtemps possible, car elles ont besoin de moi, voilà mon rôle, et voilà à quoi je vais travailler.
Je suis allé chercher sur la toile ce que pensait Freud de la religion, c'est très intéressant, et très ambigu, Freud était hystérique, à travers ses travaux il s'est soigné tout seul, il avait une correspondance avec Romain Rolland, Stéphan Zweig, Herrmann Hess, des écrivains que j'aime. Je me suis particulièrement intéressé au sentiment océanique et à l'inquiétante étrangeté, sentiment que je connais pour les avoirs vécus moi-même. Cela rejoint le début du billet, l'insoutenable légèreté de l'être, la recherche de l'idylle, du paradis perdu, vous voyez la pensée est elliptique, on retourne à la case départ, c'est-à-dire l'amour.
Pour Freud, le sentiment océanique c'est le retour à la mère, avant le stade du miroir, dans le ventre de la mère, curieusement Lacan à la même position, lorsqu'il écrit : Dieu, c'est la mère rendue toute, Dieu, le ventre de la mère, la matrice, le paradis perdu, le paradis tout court, tout cela c'est la même chose, la même recherche .
Dans mon billet une journée blanche et bleue, c'est de cela que je parle, du paradis perdu, c'est aussi de quoi parlent les psychanalystes et les mystiques, de l'enfant divin, de l'enfant intérieur, de celui définitivement perdu, d'Adam avant le péché originel, de l'innocence à jamais perdue.
L'angoisse d'abandon, le paradis à tout jamais perdue.
Freud dit que les hommes croient en l'âme immortelle, car ils ne peuvent pas envisager même en imagination leur propre mort, Lacan disait : la mort est du domaine de la foi ! moi j'ai le sentiment que l'immortalité de l'âme m'importe peu, je pensais plutôt comme Socrate, que l'immortalité se construit de son vivant, en réalisant des œuvres qui resteront, comme les enfants qu'on fait, les bâtiments qu'on construit, et pour certains des poèmes ou des romans, voilà ce que qui Socrate, lorsqu'il parle de l'homme enceint, l'homme porte en lui un fruit, et si il ne me le met pas au monde, ils se rétracte et il meurt ; bien sûr Socrate pensait que l'âme était immortelle, il avait une vision proche du bouddhisme, où l'âme suivait des cycles de réincarnation, jusqu'à ce qu'elles atteigne la perfection.
On verra bien, lorsque je serais mort, ce que deviendra mon âme, pour l'instant cela ne me préoccupe pas, ce qui me préoccupe, c'est de sauver la mienne de mon vivant !
Il faut être moderne disait Rimbaud, ce n'est pas parce que la terre est couverte de lieux de culte, que je dois me soumettre à la loi du plus grand nombre, Copernic, Darwin , Freud et Einstein ont transformé l'image que les hommes ont du monde, physique et spirituel, un seul homme peut changer la face du monde.
La psychanalyse approche le sacré, d'une façon indirecte, non philosophique et non religieuse, et c'est là qu'est sa modernité, on n'a pas fini d'entendre parler de Freud, le journal libération le dit, Lacan disait à la fin de sa vie, il faut revenir à Freud, et moi je dis aussi, bien que je me suis interdit de me lire, du moins sérieusement, pour ne pas parasiter ma psychanalyse.
Dans la vie d'un homme tout tourne autour de l'amour, et de la haine, et de ses géniteurs, du père et de la mère, Freud est mort d'un cancer de la mâchoire, car il fumait sans arrêt ; fumer est une conduite orale, la recherche du plaisir par la bouche, comme lorsqu'on tête le sein de sa mère, ne disait-il pas qu'il était heureux de sa mère décède avant lui!
La personnalité de Freud est complexe, pour en savoir plus le livre de Marie balmary, l'homme aux statues est intéressant, il a été d'une certaine façon son propre psychanalyste, à supposer que cela soit possible, en tout cas il a essayé,et certainement il était comme Lacan un mystique qui s'ignorait, et un hystérique qui ne le savait pas. Dans une position intenable, comme la mienne !
Entre Dieu et sa mère, comment choisir !
je cite un extrait d'un article dont je met le lien.
http://www.creationsmosaiques.org/Sigmund-Freud-Romain-Rolland-et-Spinoza.html
un extrait
Epilogue
En suivant le chemin de son créateur, la psychanalyse apparaît ainsi comme une quête du sacré (Parat C., 2002 et Pasche F., 1995). Jadis, le divin englobait tout l’univers mental de l’homme. Mais à l’époque moderne où Dieu a déserté la culture occidentale, Freud tente de retrouver au cœur de l’homme la dimension du sacré, dans l’inconscient individuel où il a trouvé refuge. Sa démarche, que nous avons tenté de retracer, est empreinte de grandeur, d’austérité et d’effroi comme dans la Lettre à Romain Rolland où il analyse cette révélation du divin.
Le sentiment océanique est source du sentiment religieux mais l’espace de l’illusion s’étend à la culture, dont les créations reposent sur cette origine commune. En ce sens, on pourrait faire un rapprochement entre l’étrangement comme appel du sacré et le « saisissement créateur » tel que le décrit Michel de M’Uzan dans le processus de la création littéraire : là aussi, apparaît une « modification de la naturelle altérité du monde », une « altération de l’intimité silencieuse psychosomatique » et un « sentiment de flottement des limites, avec une connotation d’étrangeté » ( M’Uzan M. de, 1977). Et on peut aussi évoquer les « moments mutatifs » dans certaines cures, où se produit un remaniement profond, parfois accompagné de déréalisation. La méditation sur l’Acropole aurait-elle son pendant dans l’expérience du psychanalyste à qui Freud recommande une « attention en égal suspens » (gleichschwebende Aufmerksamkeit), à rapprocher de la formule de Bion, selon laquelle l’analyste doit « être sans mémoire ni désir » ?
Dans cette direction, la psychanalyse serait une version laïque du voyage intérieur des mystiques, un spinozisme revisité par Freud, une recherche du salut par la connaissance de soi mais, comme le souligne Yovel, sans rédemption. En retrouvant le sacré au cœur de l’homme, Freud tente de surmonter le malaise dans la culture moderne et de redonner espoir à l’homme d’aujourd’hui dans sa solitude.