la messe de minuit
Par f zorg le mercredi, décembre 23 2009, 20:39 - Lien permanent
Enfin je vais mieux, en partie par ce que j'ai diminué les antidépresseurs, qui d'ailleurs il y a une vingtaine d'années était fortement déconseillé chez les gens névrosés, leur seule action étant d'augmenter l'intensité des angoisses et le risque suicidaire, ce que j'ai constaté sur ma propre personne.
Je sais, maintenant j'en suis sûr, je sais d'où vient mon angoisse, j'ai peur depuis le jour de la naissance,même dans mon livre écrit il y a deux ans, je l'ai dit, sans le savoir, je n'avais rien lu, et pourtant :
«Ce jour a été le jour le plus important de ma vie, le plus terrible.
Si je pouvais me souvenir de ma naissance, peut-être que dans la violence de l'arrivée à la vie, le cataclysme, la douleur que j'ai ressenti ce jour-là était comparable à celle de l'enfant brutalement évacué dans un monde hostile et bruyant, nu et sans protection, livré en quelques instants a un monde étranger, dangereux, inconnu.»
ma mère n'a pas dû faire ce qu'il fallait, peut-être elle-même en était elle-même incapable, ne m'a-t-elle pas dit il y a quelques jours, qu'elle n'avait aucun souvenir de son enfance et qu'elle trouvait cela normal !
Si je suis sûr, c'est que lors de la dernière séance de psychanalyse, j'ai associé sans aucune raison, à un discours sans intérêt sur mes crises d'angoisse, l'article dont je parle dans un billet précédent, article qui dit que celui qui a créé un héros, prenons Ulysse par exemple, eh bien celui qui avait créé le héros n'existe pas, c'est celui qui est imaginaire qui existe aux yeux du monde.
Mon angoisse n'est pas imaginaire elle est réelle, et celui qui la fabrique est imaginaire.
C'est pour ça que la clé c'est la mémoire, et c'est pour ça que les électrochocs marchent, car ils effacent temporairement la mémoire.
J'ai associé aussi mon angoisse actuelle, et les bouffées délirantes de mon enfance, elles ont la même structure ; je vous parle de cela car vous savez que tous les matins lorsque j'ouvre les yeux, l'angoisse arrive, comme la marée montante, et que je ne faisais rien pour l'empêcher de monter, j'avais tellement peur, que la peur m'empêchait de lutter, ce matin pour la première fois j'ai déclenché sans le savoir, un mécanisme protecteur que j'avais institué pendant mon enfance, je l'ai reconnu tout de suite, pourtant je croyais l'avoir oublié, lorsque j'ai réussi à chasser les premiers signes de l'angoisse, l'inquiétante étrangeté, je me suis remémoré ce que j'ai vécu lorsque j'étais enfant, j'avais donc cela bien souvent et bien longtemps, je ne sais pas comment je fais, je ne me dis pas il faut que ça cesse, car c'est encore pire, dans mon esprit, je chasse les nuages, comme si je détournais les yeux, comme si je tournais la tête, c'est quelque chose que je fais sans réfléchir, mais que j'ai reconnu tout de suite. C'est un geste mental, qui ressemblerait à une main qui enlève la buée sur un pare-brise, quelque chose comme ça.
Je suis donc en train de retrouver les mécanismes protecteurs que j'avais institués quand j'étais enfant, le résultat c'est que je n'ai presque plus besoin d'anxiolytiques, et que j'ai passé une très belle journée de travail aujourd'hui, dans le calme et la sérénité.
À la veille de Noël, cela me remplit de joie, j'espère passer un bon réveillon avec ma famille et sans mon angoisse.
Je continue à traquer le monstre de mon enfance,KINA, j'en ai parlé à ma mère, qui m'a dit que c'était une vache, je lui ai demandé si ce n'était pas plutôt un chien, elle m'a dit comme c'est curieux, ton oncle appelait ton père : « le chien noir ».
Troublante réponse !
Je cumule les handicaps psychologiques, puisque j'ai peut-être fait une dépression du nouveau-né, ou quelque chose de plus grave, et qu'en prime on m'a donné une névrose hystérique, les deux associés ont été la cause de mes bouffées délirantes.
Je meurs de peur depuis le début de mon existence, pour me protéger, j'ai adopté ce que j'ai appelé la vie entre parenthèses, lorsque la carapace a explosée, j'ai commencé à vivre et à souffrir. Et pour ne pas devenir fou, il a fallu que je commence ce terrible travail sur moi-même, qui commence peu à peu à porter ses fruits.
Si je peux contrôler mon angoisse à l'aide de mon esprit, les choses vont devenir plus vivables, même si mon expérience maintenant riche d'échec et de désillusion me rend extrêmement prudent,
chaque avancée dans la connaissance de mon histoire est une victoire, qui me permet de retrouver la foi en moi-même, et l'énergie pour continuer à avancer.
Depuis quelques mois j'ai envie de prier, lorsque je prie c'est que lorsque l'angoisse est tellement forte que je ne sais plus quoi faire, alors je prie à l'intérieur de moi-même, et non pas à l'extérieur à un Dieu du dehors auquel je ne crois pas, je prie celui qui est à l'intérieur de moi.
Pendant mon voyage en Égypte, un soir à la tomber de la nuit, nous visitions un village nubien sur les bords du Nil non loin d'Assouan, nous marchons dans des petites ruelles de terre entre des maisons colorées, multicolore comme en Grèce; tout près du souk il y avait une mosquée, les portes et les fenêtres étaient ouvertes, et j'ai été pris d'une irrésistible envie d'entrer, pour me mêler à ces gens qui priaient, je savais que ce n'était pas possible, ils n'auraient pas compris.
Je ne suis pas croyant, et pourtant j'ai envie de prier, cela ne paraît pas très logique, sauf si on considère que la prière est une forme de méditation, puisque la méditation est une façon de se détacher de son moi, pour atteindre un état de conscience supérieure, le regard intérieur, celui de Rilke.
Lorsque je souffre trop, je cherche partout des solutions, c'est ainsi que je suis allé voir sur la toile ce qu'était la méditation,, et que j'ai compris que ce que j'avais éprouvé parfois sur la plage, relisez le poème : « le septième jour » était de la méditation. L'accès à un niveau de conscience supérieure, ce que j'appelle envol de l'esprit, d'autre l'intase qui est l'inverse de l'extase, le sentiment océanique, correspond un état de conscience très particulière, où on éprouve une immense paix, une harmonie avec le monde qui nous entoure, et également un grand détachement, on est à la fois au-dedans et au dehors de soi.
J'ai trouvé également sur Internet, sur le site de Servan-Schreiber, la technique EDMR, c'est une technique qui s'approche de l' hypnose, qui est censé soigner le stress post-traumatique , en associant un souvenir douloureux, avec des mouvements oculaires qui suivent un pendule, il semblerait sans qu'on sache pourquoi, que cette technique permettrait d'archiver les souvenirs douloureux, afin qu'ils cessent de générer de l'angoisse, vous voyez on parle encore de la mémoire, la psychanalyse science de l'oubli travaille aussi sur la mémoire. Si je vous parle de ce pendule, ce n'est pas sans intention, vous le verrez plus tard.
Mon psychanalyste m'a dit autrefois, je prie partout, j'avais trouvé sa réponse curieuse et plutôt intéressante, maintenant je pourrais la traduire de la façon suivante : je médite partout.
Mais venons-en aux propos de ce soir, la messe de minuit. J'ai envie d'y aller, je ne sais pas pourquoi.
J'irai à la messe de minuit,
je mettrai mes beaux habits.
Tant pis si je m'ennuie
puisque tout est gratuit !
Considérons les églises, les édifices de culte, mosquées et synagogues, comme des endroits construits par l'homme, pensé, architecturalement, esthétiquement, symboliquement, musicalement, pour favoriser la prière donc la méditation. C'est comme un théâtre, une salle de spectacle, il faut de belles lumières, de vastes perspectives architecturales, de belle musique, de beaux costumes, il faut que les spectateurs en prennent plein la vue, eh bien c'est exactement cela.
Les choses vues sous cet angle, je peux parfaitement aller prier n'importe où, et trouver ce que je cherche, c'est-à-dire une expérience extraordinaire, une thérapie, un moment de bonheur, un orgasme cérébral, l'envol en dehors de moi-même, et dans moi-même.
La messe de minuit
Lorsque la musique commencera, que les cœurs monteront dans la nef, mon regard s'élèvera vers le ciel de pierre, à peine éclairés par les vitraux, emporté par le lécher écho d'une acoustique que rien n'égale, il me suffira de fermer les yeux, et puis moi aussi je m'envolerai. Comme dans le poème de Baudelaire, avec les gens autour de moi, de grands oiseaux partiront vers le haut, maladroit sur la terre, majestueux dans les airs, ce sont des albatros.
Bientôt l'odeur de l'encens, dispensé par l'encensoir, aux mouvements pendulaires, attirera mon regard, et peut-être que si je le regarde assez longtemps, moi aussi j'effacerai mes mauvais souvenirs.
Je ne penserai à rien, je n'observerai pas le culte, je ne serai qu'un spectateur bienveillant, je ne troublerai pas la fête, je me mettrai au fond, bien caché derrière une colonne, je ne regarderai que les symboles, en latin tout est tellement plus beau puisque je n'y comprends rien, les mots ont plus de sens, lorsqu'on ne comprend pas la langue , tout est plus fascinant, magique,lorsqu'on écoute la langue harmonieuse qui parle du mystère, et porté par cette langue ancienne, comme celle qui est en moi-même, et que je traduis à peine, j'inventerais le sens, mon imagination feras le reste pour moi.
Dans le grand silence de l'église, empli des respirations des officiants, le prêtre prononcera le mot de la fin :ITE MISSA EST.
Alors les grands oiseaux redescendront sur terre, maladroits, malhabiles, ils replieront leurs ailes désormais inutiles, un brouhaha fait de toux,de raclements de gorge, de bruits de chaises, de vêtements qui se ferment, de chuchotements, de cris d'enfants, remplacera le silence, la grande respiration des gens qui prient.
Encore touché par la grâce, pour certains, ils sont tous gênés, tout attentionnés, de ne pas heurter l'autre, ils marchent à petits pas, pas trop vite, s'efforçant de ne pas toucher l'autre, de ne pas le gêner; ils ne sont plus oiseaux, on dirait des pingouins, ils sortent de l'église, les pingouins pressent le pas, ce sont maintenant des chiens, de jolies chattes, quelques-uns continuent leur voyage, ils ne sont pas encore descendus, les yeux un peu fermés, un sourire esquissé sur leurs lèvres, leur pieds touchent à peine le sol, ils glissent plus qu'ils ne marchent, regardez bien autour de vous la prochaine fois, vous verrez, vous les reconnaîtrez.
Commentaires
Fêtez bien, Zorg !
(mais vous savez, il existe aussi des endroits (même des églises) où les gens ne marchent pas à petits pas en en sortant mais sourient franchement aux autres et dansent, où les prêtres ne parlent pas latin ...)
Mais vous avez raison, il y a des endroits et des moments "de grâce". Je rajouterais quand même qu'ils sont bien plus fréquents qu'on ne le pense habituellement, si on y est attentif.
Encore bonnes fêtes !
Vous aussi chère gab.
Vous avez raison, il a d'autres endroits, mais en ce moment difficile que je traverse, j'ai besoin de choses calmes, et paisible.
J'espère que l'année prochaine m'apportera la paix que je cherche et que je ne trouve pas.