La névrose de transfert.

Pour moi, l'espoir c'est la névrose de transfert. C'est-à-dire que j'arrive à revivre avec mon psychanalyste, qui dans mon transfert est mon père,que j'arrive à revivre les traumatismes de mon enfance, cet amour féminin pour mon père, que lui accepte de tenir ce rôle, que j'arrive enfin à régler avec lui ce que je n'ai pas pu régler avec le vrai père.

Mon vrai père peignait, je me suis mis à peindre, le fils de mon psychanalyste peint, si mon livre avait été publié, vous auriez su que je parle longuement d'une toile de son fils, qui se trouve accroché au-dessus du divan la salle d'attente.

Cette toile représente des hommes d'un âge mûr, en slip de bain noir, ces hommes sont très féminins, un peu ronds, ils se baignent dans une mer blanche, où je pense le peintre a voulu représenter l'écume. Mais moi au premier regard, je n'y ai vu que des hommes se désirant les uns les autres, se baignant dans un bain de sperme.

Je n'avais pas manqué de faire cette remarque à mon psychanalyste, peut-être pour l'attaquer, pour le mettre mal à l'aise, pour rechercher la petite bête, la faille chez l'autre.

Il m'avait répondu assez gêné, « ah vous savez l'inconscient ! »

La semaine dernière, tout d'un coup je lui ai dit : « vous savez je fais comme votre fils maintenant, je peins ! » Il m'avait rien répondu, mais sur le chemin du retour, dans ma voiture, j'ai réalisé l'énormité de ce que j'avais dit, comme son fils; avait je dis !

C'est pendant cette séance, qui m'a parlé de l'affect, et de la représentation, et du ressenti. Il m'a parlé de forclusion, forclusion est un mot qu'on utilise dans les psychoses, il m'a dit que j'avais séparé l'affect et la représentation, et que c'était pour moi la cause du traumatisme, et donc de l'angoisse, qui de nouveau me consume depuis quelques jours.

 

 

En attendant, je vis depuis trois jours dans une immense douleur, l'angoisse m'envahit, sans arrêt, rien n'y fait, ni le Lexomil, ni la méditation, c'est trop fort, je n'y peux plus rien, je suis envahi par quelque chose de plus fort que moi.

Ce matin à mon cabinet vers 11 h 30 je me suis effondré en larmes devant une patiente. Cette femme m'a écouté, attentivement, elle s'occupe du personnel dans une grande entreprise, je lui ai confié ma peur de ne pas faire face, de ne plus pouvoir faire face, de sortir par la petite porte, celle de la mise en arrêt de travail, celle de la mise en incapacité, elle a répondu que si je pensais cela, c'est que j'irai jusqu'au bout !

Cela me fait du bien que quelqu'un m'encourage, depuis trois ans je n'étais jamais redescendu aussi bas, au creux de la vague, cette vague que je surf depuis si longtemps, la vague extrême, la mangeuse d'hommes, la vague que les surfeurs rêvent de surfer une fois dans leur vie, moi c'est mon quotidien.

cette vague là a tout balayé sur son passage, l'espoir, la croyance en la psychanalyse, la croyance en moi-même, à ce fameux Dieu intérieur que j'avais cru toucher. Je ne crois plus en rien, j'ai perdu tout espoir aujourd'hui.

Si j'écris tout cela, c'est parce que je suis un hystérique, et qu'il faut que je me fasse plaindre, car cela me soulage, de confier ma douleur au monde entier, comme je la confie à mes patients, au mépris de toute considération clientéliste, une sorte de suicide social, mais les gens m'écoutent et reviennent quand même.

Combien de temps cela va-t-il durer, peut-être quelqu'un écrira alors à l'ordre des médecins, et dira que ce docteur ne vas vraiment pas bien, qu'il faut faire quelque chose pour lui, mais nous les médecin personne ne nous écoute et personne nous soigne.

Il y a un rapport récent de la CPAM sur la situation sanitaire des médecins. Taux de suicide supérieur à la moyenne, addictions supérieure à la moyenne, ce rapport préconise la mise en place d'un système de vigilance, où le médecin pourrait appeler un numéro vert. Pour l'instant rien ne vient, il faut qu'on se débrouille tout seul.

Je vais certainement rebondir, lorsque j'aurai touché le fond, d'un coup de pied je remonterai à la surface comme à chaque fois, un peu plus abîmé, un peu plus épuisé, un peu plus désabusé. Je m'accrocherai à une nouvelle branche, je ne sais pas laquelle, peut-être la séance de psychanalyse de demain me fournira cette branche, j'ai pas mal de choses à dire et un rêve a raconter où il est question d'une voiture de vacance conduite par quelqu'un qui ressemble étrangement à mon psychanalyste, à l'avant de la voiture, il a deux petits roues comme un train d'atterrissage d'avion, il franchit un trottoir devant une pompe à essence, et les roues explosent, ensuite nous allons dans un autre garage qui me rappelle un garage de mon enfance, où personne ne s'occupe de nous et personne ne répare les roues !

Si vous me demandez ce que m'évoque ces roues, la première idée qui me vient, c'est celle d'une paire de testicules, vous voyez ce rêve parle de la castration, on verra bien ce que la séance donnera !

Je commençe à me lasser, cette lutte est épuisante et désespérante lorsqu'elle ne débouche plus que sur de la douleur stérile et inefficiente. Je regarde autour de moi, et j'envie les gens qui vont bien. Quand je pense que mon psychanalyste il y a quelques mois me disait que bientôt je n'aurai plus besoin de lui, il s'est trompé, et moi je l'ai cru ! Combien de fois ai-je pensé que c'était fini, et à chaque fois la douleur est revenue, implacablement, inexorablement, comme dans le mythe de Sisyphe, tous les jours je porte la pierre et je la remonte, ou alors comme tantale, on me dévore le foie jusqu'à la fin du monde, pour l'éternité.

Qu'est-ce que j'ai fait pour être maudit, que m'a-t-on fait pour que je souffre autant, quelle finalité, quelle logique là-dedans, je n'en vois aucune. Je vais continuer quand même, vous allez encore me lire sûrement.

Dans une semaine je vais partir en vacances, je pense que comme toujours je vais trouver une forme de paix, je vais me reposer, je vais m'oublier un peu, et puis en septembre tout va recommencer, est-ce que j'aurais la force? est-ce que je vais trouver encore des solutions? que va-t-il m'arriver?

Que faudra-t-il que je fasse encore, j'ai l'impression d'avoir tout lu, je n'ai plus rien à apprendre sur la théorie de la psychanalyse, la philosophie ne m'apporte plus rien, des mots rien que des mots, rien ne sert à rien lorsqu'on a trop mal. Je suis encore un enfant perdu, qui ne veut pas mourir et ne veux pas être anéanti, je combat de toutes mes forces, de toute mon intelligence, de tout mon amour pour les miens, pour les autres qui souffrent, on verra bien, ce sera la surprise, adviendra ce qu'il pourra.