"extraits de mon livre"

 

Je m'appelle Zorg.

Je suis un poète sans technique.

J'écris avec mon cœur, mon intelligence et mes tripes.

 

 

Avertissement

 

Je viens de terminer ce livre, il est brut, certains rêves ne sont pas interprétés, car je n’ai pas pu le faire.

Ce sont encore des énigmes pour moi,plutôt que de vous mentir, j’ai écrit ce que je ressentais,pas plus et pas moins.

Maintenant que je me relis, je réalise l’abîme dans lequel j’étais, je n’avais aucune idée, de la gravité de la névrose, presque de la psychose que je présentais.

Les psychanalystes qui liront ce livre, y trouveront certainement beaucoup de matière, peut-être d’interrogations, je n’ai rien inventé, tout ce qui est écrit est vrai.

Une observation magnifique d’hystérie masculine !!

Mais moi je ne trouve pas ça drôle du tout, je me sens trahi, bafoué, humilié,castré, on m’a volé tellement de choses, j’ai la sensation de me réveiller après un mauvais rêve, comme si tout cela n’avait pas existé,et pourtant c’est bien réel , c’est bien ma réalité.

J’ai commencé maintenant à me cultiver, sur le plan psychanalytique, je me rends compte de l’énormité, de ce que je dit parfois, j’étais tellement abîmé, mon esprit tellement perturbé,que j’étais aveuglé, par l’angoisse , la douleur, et aussi la folie.

Je suis un hystérique, mais à ce tableau clinique, il manque la personnalité hypocondriaque, je ne l’ai jamais été, peut-être parce que je suis médecin, et que les angoisses de mon corps, ma condition de médecin me permettait de les gérer.

Le symptôme sert à l'hystérique comme une arme phallique avec laquelle elle se mesure au pouvoir médical :"Qui est le plus fort ?" semble t-elle demander au médecin, identifié ici à un maître sûr de son savoir"

Je suis resté volontairement inculte, philosophiquement, et médicalement, pendant presque toute ma psychanalyse, elle n’est pas terminée, mais maintenant elle devient intellectuelle, il faut que je lise.

Une psychanalyse, c’est irracontable, inexplicable, même moi je ne comprends pas,

C’est pourquoi dans ce livre je n’essaye même pas, imaginez que vous rentriez dans un musée, ou une galerie de peinture, sur les murs il y a des tableaux, des sculptures, vous déambulez, à droite à gauche, laissez-vous porter, laissez-vous aller, ressentez, et puis quand vous en avez assez, vous sortez, c’est la fin du livre.

Je pourrais récrire mon livre, différemment, mais je n’y tiens pas. Je vous le laisse tel quel, pas construit, pas bâti, il est l’expression de mon inconscient et de mon désarroi.

 

 

Zorg.F

 

 

PROLOGUE

juin 2007

Santorin, j'ai toujours voulu aller à Santorin., cette île m'a toujours fait rêver, peut-être à cause de la légende de l'Atlantide. J'aime les îles, j'aime la Méditerranée, la douceur du climat, la Grèce berceau de l'humanité, de la philosophie, des mythes.

Moi qui ne suis pas un philosophe et encore moins un érudit. j'ai découvert un jour ,bien malgré moi ,caché au fond de mon esprit,bien caché ,enfoui dans le grenier que nous avons tous en nous,l'enfant perdu.

Il y a beaucoup de noms pour designer cela:spiritualité, présence, lumière, connaissance, peut être tout simplement exister!!!

ex-istere, comme vous le verrez plus tard ,en lisant mon livre si vous allez jusqu'au bout!

C'était je crois au mois de juin de l'année 2006, depuis longtemps je désirais ce voyage ; cinq ans auparavant nous devions déjà partir, nous sommes partis ailleurs, faire opérer ma femme d'un cancer de l'utérus. Le cancer est parti, ma femme est guérie, c'est moi qui suis malade maintenant.

C'était la canicule, l'île était écrasée par une chaleur terrible que l'absence de vent rendait insupportable, j'étais si fatigué, si las ; nous sommes installés dans un petit hôtel non loin du phare, loin de la foule et de la capitale. Un jour en marchant j'ai vu une petite chapelle, j'ai cherché le chemin pour descendre la falaise, je ne l'ai pas trouvé.

C'est deux jours après par hasard, en longeant la petite plage de sable noir que l'hôtel surplombait que j'ai trouvé le chemin, le chemin d'un endroit idyllique, une petite plage de sable blanc, sous la falaise à pic, surmontée par la petite chapelle, un lieu magique, mystique pour le début d'un grand voyage.

 

 

J'ai trouvé une crique déserte, autour de moi le paysage aride et dur de l'île est adouci par une petite chapelle toute blanche. Le vent s'est levé, les vagues éclaboussent mon corps, je suis nu, la mer est bleu marine, les hautes falaises noires de Santorin m'entourent, au large des oiseaux pêchent.

Devant moi sur la plage ma femme me regarde en souriant, elle est nue elle aussi. À côté d'elle brille dans le soleil la feuille d'argent d'une grappe de raisin en onyx.

 

 

 

 

I l y a dix huit mois, j'étais à genoux dans le triste bureau d'un psychiatre, en larmes, envahi par une angoisse qui me brûlait le corps et l'esprit,brisé,dévasté,affolé.

Ce jour a été le jour le plus important de ma vie, le plus terrible.

Si je pouvais me souvenir de ma naissance, peut-être que dans la violence de l'arrivée à la vie, le cataclysme, la douleur que j'ai ressenti ce jour-là était comparable à celle de l'enfant brutalement évacué dans un monde hostile et bruyant, nu et sans protection, livré en quelques instants a un monde étranger, dangereux, inconnu.

Pour ceux, qui ont connu ou qui connaissent la douleur morale, ce n'est pas la peine que je l'explique! ils savent!, et pour les autres ce n'est pas non plus la peine que je l'explique, car même, si j'utilisais tous les mots désignant la douleur, répertoriés dans le dictionnaire,cela ne suffirait pas, c'est indicible, c'est inracontable, inexprimable, l'enfer!

Ceux qui  l'ont vécus, ceux qui en sont revenus, l'enfer de soi-même, le comprennent. C'est plus facile de le faire ressentir; par la musique, la poésie ou la peinture, l’art ; cette indescriptible douleur qui est celle de l'esprit.

C'est pourquoi dans ce livre il y aura des poèmes, que j'ai commencé à écrire au début de ma psychanalyse, ces poèmes, ont été pour moi, la première expression possible, pour évacuer, pour mettre les mots sur ma souffrance, et pour tenter de me comprendre.

Ce livre qui est un témoignage, fait par le médecin que je suis! Je l'écris pour expliquer, pour essayer de vous faire imaginer, de vous faire ressentir, ce qu'est la vie des gens comme moi, pour qu'ils comprennent pourquoi leur fils, leur fille, leur femme, leur père, leur mère, leurs voisins, l'inconnu d'en face, un jour se jette par une fenêtre, se pend au bout d'une corde, ou alors se précipite sous un train, ou au fond d'un fleuve glacial. 

 Même si je sais que vous ne pourrez jamais complètement comprendre, si seulement je pouvais ouvrir un peu votre esprit, juste un petit peu, alors je serais heureux, et j'aurai rempli ma tâche, je serais un peu comme un prêtre, bien que je ne sois pas croyant, qui prêche la foi, à un Dieu auquel je ne crois pas, mais ma démarche est identique.

Il faut que vous sachiez, que vous avez une âme, car moi je ne le savais pas,et je crois que beaucoup parmi vous non plus, alors écoutez cette histoire, que je vais vous conter;

 Tout est vrai, tout est sincère, je ne cacherai rien, je ne vous épargnerai rien, peut-être certains d'entre vous seront choqués, bousculés, qu'ils jetteront le livre dans la poubelle, ce n'est pas grave, ce sera seulement pour protéger de vous-même,je le sais ,pas vous !Vous le reprendrez plus tard.

ce sera un récit désespéré, et sans complaisance, sans aucun désir de vous plaire et de vous séduire, je ne suis pas un écrivain, je ne suis pas mondain, je me ferai aucune concession àl'élégance, à la phrase, au récit, j'écris comme je le sens avec mon cœur, mon ventre et avec mon intelligence, à supposer que cette aventure et cette épreuve m'en n'ait laissée suffisamment.

 

Je reviens du monde de la folie, de l'enfer de l'angoisse, j'ai brisé mes chaînes c'est une naissance ou plutôt une deuxième naissance, celle de l'homme perdu. Car il y a deux naissances, la première du ventre de sa mère et la deuxième celle de soi-même.

C'est cette histoire que je vais vous raconter,celle de ma dépression, et de la psychanalyse que j'ai entreprise ensuite.,qui m'a comblée, qui a été miraculeuse; c'est un cadeau que je n'attendais pas.

Il faut bien commencer par quelque chose, alors plantons le décor, je vais vous raconter mon enfance, c'est indispensable, le plus brièvement possible car tout s'est joué là.

 

 

L'enfance.

J'ai peu de souvenirs d'enfance, ils sont rares et plutôt douloureux. Les plus anciens remontent à l'âge de cinq ou six ans, ce sont des souvenirs en gris, en noir et blanc; un petit garçon un peu maigre, avec un gros cartable à la main, qui s'en va à l'école, un petit garçon triste et solitaire, qui flotte dans une réalité qui n'est pas la sienne, il est un peu décale dans le temps et dans l’espace, juste a coté.

Je ne me souviens pas avoir couru gaiement comme les autres enfants, en riant en plaisantant avec des amis, moi j'en avais pas, j'étais toujours seul. J’avais certainement des camarades d'école, je m'en souviens d'un ou deux, peut-être étaient-ils comme moi?

Lorsque on est enfant, le monde est celui constitué par sa famille, c'est la seule vérité, c'est la seule réalité que nous connaissons

Il existe deux mondes bien distincts, le monde du dedans, le domicile des parents, et le monde du dehors, les autres !

Au début on ne connaît que le monde du dedans, c'est la seule référence sur laquelle on puisse se construire. Chez moi c'était un monde terrible, et je l'ai compris plus tard. Pour l'enfant, c'est la normalité, la seule réalité; les parents, le père et la mère, les frères et sœurs, les grands-parents et le reste de la famille.

Je faisais partie d'une famille dite bourgeoise et aisé, mon père était médecin et ma mère sans profession, Je suis le fils aîné. Nous avions des domestiques, on appelait cela des bonnes !

Je pense que c'est vers l'âge de cinq ou six ans, lorsqu'on quitte le monde du dedans, que l'on commence à appréhender le monde du dehors, en allant à l'école, lorsqu'on commence à parler, a regarder le monde autour de soi,que j'ai compris que je ne faisais pas partie d'une famille normale.,

C'était plus une sensation, une impression, que les choses ne se passaient pas de la même façon chez moi que chez les autres. Cela tient sûrement à la personnalité mon père, qui était un homme très beau, certainement très intelligent et brillant, mais il y avait un mais ! Il était gravement névrosé, entretenant autour de lui, un climat délétère, de peur, d'angoisse, de colère, de terreur.

Nous vivions dans un univers irréel où les notions de plaisir, de douleur, de bien, de mal étaient complètement différentes du monde du dehors.

Ma mère était bien sur belle, très belle, je devais l'adorer mais je ne m'en souviens pas, du moins a cet age, je n'ai aucun souvenir, de baisers de câlins, rien!je n'ai aucune tendresse pour ma mère, mais chez moi on n'apprenait pas la tendresse, je n'ai jamais embrassé ma mère et je ne me souviens pas qu'elle l'ai fait. Mon père non plus.

Chez moi on ne se touchait pas,pas de caresse,pas de baiser,et moi je ne pouvais pas toucher les autres,du moins pas affectueusement,cela me brulait!

J'ai compris plus tard pendant ma psychanalyse, que les enfants ne peuvent pas faire autrement que d'aimer leurs parents, et que si cet amour est impossible, et que s'ils sont soumis à des souffrances morales, physique, ou sexuelle, ils n'avaient d'autre choix pour ne pas devenir fou et pour préserver le peu d'eux même qu'ils pouvaient, ils ne pouvaient faire autrement que d'avoir un peu de plaisir, un peu de jouissance, ils devenaient inéluctablement, implacablement masochistes.

Je reviendrai plus tard, sur les premières années de ma vie qui sont les plus importantes, et dont je n'ai aucun souvenir du moins conscient, pour vous parler de ce dont je me souviens.

Quand je vous parle de climat de terreur, il existait chez nous une habitude, c'était les scènes de ménage entre mon père et ma mère.

Elles étaient quasi journalières,en général pendant les repas, mais aussi pour nous gâcher la fête, justement pendant les rares moments de bonheur qu'on aurait pu avoir, c'est-à-dire les anniversaires, Noël, ou les grandes vacances ou les grands-parents maternels étaient avec nous.

Si vous vous souvenez d'un film qui s'appelle" ouragan sur le Caine", humprey Bogart, incarne le capitaine paranoïaque d'un bateau de guerre il entretient un climat de suspicion et de scènes insensées avec des prétextes ridicules et disproportionnés comme l'histoire des fraises. Chez moi c'était comme ça.

Nous nous mettions à table, le repas commençait, nous avions la peur au ventre, c'est le cas de le dire, et nous savions qu'invariablement à un moment, mon père trouverait de quoi faire une scène. C'était une situation pour nous extrêmement angoissante, nous savions, nous attendions, nous nous préparions à souffrir. Et puis tout d'un coup, le ton montait, il avait trouvé quelque chose, alors nous serrions les dents, on se préparait, à ce qui allait arriver. Rapidement la tension montait, la torture mentale commençait car notre père nous prenait à partie et nous demandait notre avis, le problème c'est que ce qu'il nous demandait n'avais pas de sens, c'était insensé, même pour un enfant de huit ans, c'était insensé. Alors il fallait répondre ou se taire, si on répondait on avait deux possibilités, aller dans son sens, accepter de dire n'importe quoi, entrer dans son délire, et c'était pour moi impossible, inacceptable, c'était devenir fou comme lui et je ne voulais pas. Ou alors dire la vérité, qu'il était fou, qu'il avait tort, que son raisonnement était faux. Mais en faisant ça on attirait sa haine, et sa colère. Si on se taisait c'était encore pire, le ton montait jusqu'à ce qu'on ne puisse plus faire autrement que de répondre n'importe comment, n'importe quoi, pourvu que ça cesse.

Un peu comme un orgasme, ces scènes allaient crescendo, jusqu'à un sommet de la peur, et puis tout d'un coup il était satisfait, il avait évacué sa propre colère, alors il souriait et 

tout était fini comme s'il ne s'était rien passé. Sauf que nous, que moi, j'avais le ventre brûlant de douleur, je devais quitter la table pour aller m'allonger quelque part en attendant que ça passe. Une expression populaire dit, « comment allez-vous » éthymologiquement cela veut dire comment allez-vous à la selle, moi j'ai eu la diarrhée pendant 50 ans, c'est que je devais aller drôlement mal !

Ensuite nous n'avions que quelques minutes pour reprendre nos esprits, et essayer d'oublier, enfin consciemment, et de partir à l'école pour essayer de travailler.

Les départs en vacances étaient également prétextes à des scènes, d'abord lors du départ sans arrêt retardé, soit il avait oublié ses clés c'était obligatoirement de la faute ma mère, première scène, ensuite lorsque nous réussissions à partir, déjà nous étions détruits.

Pendant le voyage il y avait toujours deux ou trois petits prétextes pour de nouveau trouver matière à faire une scène. Ce n'était pas des scènes ordinaires, c'était délirant, par exemple cela pouvait commencer parce que mon père entendait un bruit anormal dans la voiture, alors il demandait à ma mère si elle l’entendait aussi, elle toujours très mondaine très élégante, quel que soit le moment lui disait" mais non mon chéri, il n'y a rien tout est normal," et la façon même dont elle répondait déjà, sous-entendant, qu'il avait imaginé ce bruit, le mettait dans une situation telle que maintenant je me rends compte de sa souffrance, car il aimait profondément ma mère,.qu'il était rempli de colère Alors la scène commençait, bien sûr il n'y avait jamais eu de bruit, mais ça c'était un détail sans importance.

Ainsi toute joie, tout bonheur, était systématiquement, implacablement transformé en malheur et en douleur. C'est comme ça que c'est passé toute mon enfance et mon adolescence.

 

Nous vivions dans un univers irréel où les notions de plaisir, de douleur, de bien, de mal étaient complètement différentes du monde du dehors.

Ma mère était bien sur belle, très belle, je devais l'adorer mais je ne m'en souviens pas, du moins a cet age, je n'ai aucun souvenir, de baisers de câlins, rien!je n'ai aucune tendresse pour ma mère, mais chez moi on n'apprenait pas la tendresse, je n'ai jamais embrassé ma mère et je ne me souviens pas qu'elle l'ai fait. Mon père non plus.

Chez moi on ne se touchait pas,pas de caresse,pas de baiser,et moi je ne pouvais pas toucher les autres,du moins pas affectueusement,cela me brulait!

J'ai compris plus tard pendant ma psychanalyse, que les enfants ne peuvent pas faire autrement que d'aimer leurs parents, et que si cet amour est impossible, et que s'ils sont soumis à des souffrances morales, physique, ou sexuelle, ils n'avaient d'autre choix pour ne pas devenir fou et pour préserver le peu d'eux même qu'ils pouvaient, ils ne pouvaient faire autrement que d'avoir un peu de plaisir, un peu de jouissance, ils devenaient inéluctablement, implacablement masochistes.

Je reviendrai plus tard, sur les premières années de ma vie qui sont les plus importantes, et dont je n'ai aucun souvenir du moins conscient, pour vous parler de ce dont je me souviens.

Quand je vous parle de climat de terreur, il existait chez nous une habitude, c'était les scènes de ménage entre mon père et ma mère.

Elles étaient quasi journalières,en général pendant les repas, mais aussi pour nous gâcher la fête, justement pendant les rares moments de bonheur qu'on aurait pu avoir, c'est-à-dire les anniversaires, Noël, ou les grandes vacances ou les grands-parents maternels étaient avec nous.

Si vous vous souvenez d'un film qui s'appelle" ouragan sur le Caine", humprey Bogart, incarne le capitaine paranoïaque d'un bateau de guerre il entretient un climat de suspicion et de scènes insensées avec des prétextes ridicules et disproportionnés comme l'histoire des fraises. Chez moi c'était comme ça.

Nous nous mettions à table, le repas commençait, nous avions la peur au ventre, c'est le cas de le dire, et nous savions qu'invariablement à un moment, mon père trouverait de quoi faire une scène. C'était une situation pour nous extrêmement angoissante, nous savions, nous attendions, nous nous préparions à souffrir. Et puis tout d'un coup, le ton montait, il avait trouvé quelque chose, alors nous serrions les dents, on se préparait, à ce qui allait arriver. Rapidement la tension montait, la torture mentale commençait car notre père nous prenait à partie et nous demandait notre avis, le problème c'est que ce qu'il nous demandait n'avais pas de sens, c'était insensé, même pour un enfant de huit ans, c'était insensé. Alors il fallait répondre ou se taire, si on répondait on avait deux possibilités, aller dans son sens, accepter de dire n'importe quoi, entrer dans son délire, et c'était pour moi impossible, inacceptable, c'était devenir fou comme lui et je ne voulais pas. Ou alors dire la vérité, qu'il était fou, qu'il avait tort, que son raisonnement était faux. Mais en faisant ça on attirait sa haine, et sa colère. Si on se taisait c'était encore pire, le ton montait jusqu'à ce qu'on ne puisse plus faire autrement que de répondre n'importe comment, n'importe quoi, pourvu que ça cesse.

Un peu comme un orgasme, ces scènes allaient crescendo, jusqu'à un sommet de la peur, et puis tout d'un coup il était satisfait, il avait évacué sa propre colère, alors il souriait et tout était fini comme s'il ne s'était rien passé. Sauf que nous, que moi, j'avais le ventre brûlant de douleur, je devais quitter la table pour aller m'allonger quelque part en attendant que ça passe. Une expression populaire dit, « comment allez-vous » éthymologiquement cela veut dire comment allez-vous à la selle, moi j'ai eu la diarrhée pendant 50 ans, c'est que je devais aller drôlement mal !

Ensuite nous n'avions que quelques minutes pour reprendre nos esprits, et essayer d'oublier, enfin consciemment, et de partir à l'école pour essayer de travailler.

Les départs en vacances étaient également prétextes à des scènes, d'abord lors du départ sans arrêt retardé, soit il avait oublié ses clés c'était obligatoirement de la faute ma mère, première scène, ensuite lorsque nous réussissions à partir, déjà nous étions détruits, pendant le voyage il y avait toujours deux ou trois petits prétextes pour de nouveau trouver matière à faire une scène. Ce n'était pas des scènes ordinaires, c'était délirant, par exemple cela pouvait commencer parce que mon père entendait un bruit anormal dans la voiture, alors il demandait à ma mère si elle l’entendait aussi, elle toujours très mondaine très élégante, quel que soit le moment lui disait" mais non mon chéri, il n'y a rien tout est normal," et la façon même dont elle répondait déjà, sous-entendant, qu'il avait imaginé ce bruit, le mettait dans une situation telle que maintenant je me rends compte de sa souffrance, car il aimait profondément ma mère,.qu'il était rempli de colère Alors la scène commençait, bien sûr il n'y avait jamais eu de bruit, mais ça c'était un détail sans importance.

Ainsi toute joie, tout bonheur, était systématiquement, implacablement transformé en malheur et en douleur. C'est comme ça que c'est passé toute mon enfance et mon adolescence.

Lorsqu'il y avait des amis, c'était très rare, car mes parents avaient beaucoup de relations, mais ils détestaient tout le monde, les gens heureux, les gens simples, les gens plus riches qu'eux, ceux qu'ils s'efforçaient d'imiter, car ils étaient très snobs, très sensible au paraître, aux regards des autres, ils ne vivaient pas pour eux-mêmes, mais à travers le regard des autres, ainsi toute leur vie, surtout mon père,mais aussi ma mère, ils tentaient d'imiter ces gens qu'ils admiraient, en achetant des voitures de sport d'occasion et à crédit, car il n'y avait jamais assez d'argent a la maison,nous roulions en jaguar type E,mais notre seule paires de chaussette était sale et percée et tout le reste était a l'avenant, habillé de bric et de broc il fallait donner le change, nous devions passer pour des enfants de riches! Et en rénovant des maisons qui voulaient ressembler au château qu'ils auraient voulu avoir. Ce château il a fini par l’avoir, il a tout sacrifié, pour ce château qui en est à peine un, un peu comme Madame Bovary qui a ruiné sa vie pour ressembler à des gens peut-être sans intérêt, alors qu'il lui aurait suffi d'être lui-même, tout simplement lui-même, et il aurait tout obtenu, avec en plus l'amour de sa famille et de ses enfants, amour partagé, d'une vie d'un homme accompli.

Lorsqu'il y avait des amis, l'ambiance familiale n’était plus la même, il régnait un état de tension extrême, que nous seul sentions, car mes parents donnaient une image d'eux-mêmes très différentes, charmant, aimable, accueillant, spirituel, tout le monde adorait mes parents. Et nous, nous aussi nous étions sous le charme, nous oublions tout, un instant, nos parents étaient merveilleux. Hélas dès le départ des invités les choses se remettaient en place, par une scène violente, mon père accusant ma mère d'avoir regardé un autre homme, la fête était finie, une fois de plus, il fallait essayer d'effacer d'oublier le plaisir ressenti quelques instants et la douleur qui suivait aussitôt après.

Donc pour ne pas souffrir il ne fallait pas être heureux, c'était interdit, ne jamais rire, ne jamais pleurer.

Je me suis inventé des jeux, petit, lorsque c'était trop intolérable.

Quand nous étions dans une maison dont vous entendrez souvent parler, la maison de vacances au bord de la mer, construite par mon grand-père, le Clos,où j’ai vécu enfant, et où j’ai passé toutes mes vacances jusqu'à mon mariage.

Je jouais pour oublier.

L'un d'eux, quand j'étais trop désespéré, je prenais une pelle, j'allais creuser un grand trou, le plus profond possible jusqu'à en perdre haleine, et ensuite lorsqu'il était fini, je sautais dedans, et cela m’apaisait.

Le résultat de tout cela c'est que je faisais pipi au lit et que je bégayai, cela embarrassait mes grands-parents mais mes parents n’en avaient cure, ils avaient des préoccupations beaucoup plus importantes, eux-mêmes.

Nous avons habité dans cette maison pendant quelques années, car mon père pour des raisons de santé, avait dû quitter la ville, je n'ai jamais su si c'était de vraies raisons, ou des raisons inventées, pour effacer les choses plus graves, quoi qu'il en soit nous avons habité la pendant environ cinq ans, au Clos.

C'était dans les années 57, il n'y avait pas de télévision et peu de distraction, dans la maison il y avait beaucoup de livres, et j'ai, dès que j'ai su lire, dévoré tout ce qui me tombait sous la main, ainsi jack London, Wells, Jules Verne, Victor Hugo, Flaubert, Dumas, Eugène sue, de vieux policiers américains, et même des revues naturistes en noir et blanc , où les sexes étaient maquillés, effacés, mon père avait certainement de gros problèmes avec sa sexualité, et inéluctablement j'en ai eu avec la mienne. Ce n'est pas le fait d'acheter des revues naturistes qui posait problème, c'était de les cacher dans un endroit, il aurait pu assumer et réaliser ce désir, s'il n'avait pas été névrosé.

Heureusement, pour moi, il y avait mes grands-parents maternels, qui s'occupaient de moi, et qui me donnaient de l'affection et de l’amour, et qui palliaient et contrebalançaient la carence affective que j'avais avec mes parents. C'est a cette époque que j'ai passée un mois à Paris, chez eux, c'est le seul souvenir gai que j'ai de mon enfance, où j'ai été heureux, ou on s'est occupé de moi comme d'un enfant, mon grand-père m'emmenait partout dans Paris, les musées, le métro la tour Eiffel, et le cinéma.

Mon grand père avait un métier rare et extraordinaire il était tailleur de perles fines,je revoie sur son bureau les perles et les pierres bruts non taillées,diamants rubis,et les mystérieux clients,sortant de leurs poches dans de petits paquets en papier- soie, tout ces trésors.

Je me tenais sous le piano, dans le salon ou mon grand-père recevait ses invités, je regardais ces inconnus bien habillés, étalant sur le bureau de mon grand-père, des diamants, des rubis, des émeraudes, et il m'expliquait, la couleur, la taille, la provenance de ces pierres, leur histoire, j'étais fasciné. Les rubis cachemir, birman, les perles noires les plus précieuses.

Un jour il m'a donné un livre, il s'appelle « la ville de sable » deMarcel brion c'est l'histoire d'un archéologue qui se perd pendant une tempête de sable dans le désert, il s'endort dans une grotte, et le lendemain matin, il a remonté le temps de plusieurs siècles il se trouve dans une cité disparue autrefois magnifique et prospère. Là, il fait la connaissance de trois personnages., un marchand de tapis, un bijoutier, et un conteur, ces trois personnages lui apprennent les signes, les mythes, le langage des choses, c'est un roman initiatique, il savait peut-être qu'un jour j'en aurais besoin !

Ce livre est toujours dans ma bibliothèque, de temps en temps je l'ouvre pour renifler l'odeur des pages, car il y a toujours dans ce livre l'odeur du Paris de mon enfance, bien qu'avec le temps elle s'estompe.

.Ma grand-mère me faisait de la bonne cuisine, elle me lavait, je n'ai pas souvenir que ma mère n'est savonnée sous la douche avec amour ,caressant mon corps de petit enfant.

Mon père vouait une haine féroce et permanente pour mon grand-père, il était marié à sa fille unique, unique ce n’est pas tout a fait la vérité,il y avait une sœur aînée,elle était «retardée» psychotique ou débile légère ,personne ne savait ,c’était un secret de famille.

Il occupait sa maison de vacances, et s'arrangeait pour leurs rendre les vacances les plus impossibles, les plus désagréables, mon grand-père supportait cela courageusement peut-être par amour pour sa fille.

Plus tard nous sommes partis nous installer dans une grande ville de l'ouest de la France, la vie a continué de la même façon, il a fallu se réhabituer, aux appartements nouveaux, à la nouvelle école.

Un jour ils achetèrent une maison, la vie était un peu moins impossible. J'étais toujours aussi seul, je faisais du patin à roulettes tout seul dans la ville, j'allais seul au cinéma le dimanche, ou parfois à la fête foraine faire de l'auto tamponneuse, je volais de l'argent dans la veste mon père ou le sac de ma mère, j'allais seul dans les parcs, je jouais tout seul à la maison, j'inventai des machines, je construisais des armées entières des petits soldats que je peignai un par un minutieusement, ensuite je construisais un champ de bataille et je détruisais tout.

A l'école j'étais un élève très moyen, plus ou moins en échec scolaire, les professeurs ne comprenaient pas pourquoi, quelquefois ils ont convoqué mes parents pour comprendre, mais cela n'a rien changé. Et pour cause devant les professeurs mes parents étaient parfaits.

Quand je m'ennuyais je construisais des châteaux forts sur une feuille de papier, je dessinais les pierres une par une, les assemblant comme dans la réalité et ça prenait des heures. Une fois j'ai fait pipi dans mon pantalon pendant les cours, je me souviens d'avoir quitté le lycée et d'être rentré à la maison avec mon pantalon mouillé.

À cette époque je n'avais aucune sexualité, aucune conscience de mon corps, j'étais asexué. Mes camarades d'école parlaient beaucoup de sexe, je ne comprenais pas, ça ne m'intéressais pas, et j'évitais soigneusement d'aborder ce sujet avec qui que ce soit.

Tous les mots qui avaient un rapport avec la région ano- génitale, tous ces mots me dégoûtaient je ne pouvais les prononcer. Lorsque les enfants ,les autres riaient, s'esclaffaient en prononçant avec délectation les mots bite, couilles, cul , je ne comprenais pas quel bonheur, quelle joie ils trouvaient la.

J'étais d'ailleurs d'une pudeur maladive, je m'arrangeais pour me faire dispenser de sport, et surtout de natation, car je ne voulais surtout pas être nu avec les autres, ça me déclenchait des crises d'angoisse terrible j'aurais fait n'importe quoi pour ne pas y aller.

Mes parents étaient complices et me faisaient des certificats médicaux de complaisance en me dispensant de natation, par contre ils ne se sont jamais demandés pourquoi je ne voulais pas aller à la piscine.

Un jour,il m'est arrivé quelque chose de très grave.

J'ai entendu une musique dans ma tête, c'était une musique forte, psalmodiée, elle me paralysait, envahissait mon esprit, j'étais incapable de tout mouvement, cloué sur place.

Ensuite immobilisé par cette musique apparaissaient les visions.

C'était un immense billard, et en haut une boule toute seule, brillante et argentée faite de mercure, qui commençait à rouler tout doucement, puis une deuxième, puis une troisième, elles roulaient de plus en plus vite, descendant la piste de billard, et de tous côtés d'autres boules arrivaient à droite et à gauche, et la musique devenait de plus en plus forte, et tout d'un coup les boules se heurtaient, se fracassaient entre elles, et mon esprit se fracassait aussi, j'avais l'impression de devenir fou, j'étais envahi, paralysés par une peur et une angoisse terrible, j'étais disloqué moi aussi.

Ça pouvait durer très longtemps, je restais ensuite presque sans vie. Ça m'arrivait de plus en plus souvent, parfois la nuit, dans la journée, dans la rue, à l'école. Un jour j'en ai parlé à ma mère, elle m'a dit ce n'est rien, ça passera tout seul !

Alors il a fallu que je me débrouille tout seul, que je trouve une parade, pour ne pas devenir définitivement fou. Dès que j'entendais les premières notes de la musique, je savais que j'avais quelques instants pour pouvoir empêcher la première boule de descendre car après je ne pouvais plus rien contrôler.

J'avais inventé une contre musique, aux premières notes je chantais dans mon esprit une autre musique de toutes mes forces, en me concentrant très fort j'arrivais à annuler et à faire disparaître le cauchemar, ensuite il fallait surtout que je pense à autre chose, car juste le fait d'y penser relancerait le processus, et même encore maintenant parfois j'entends les premières notes de la musique et je sais que tout de suite qu’il faut que je fasse le vide dans mon esprit.

C'étaient des bouffées délirantes, il n'y a pas longtemps que je le sais, personne ne me l'avait dit, personne ne s'était occupée de moi, c'était mon secret, ma blessure secrète, ma plus grande peur, que j'avais gardé profondément cachée en moi, presque oublié, mais qui un jour , plus tard est venu me chercher.

Il y avait aussi un autre phénomène qui se produisait, de temps en temps, c'était de terrible spasme au niveau du diaphragme, celui-ci se contractait et c'était extrêmement douloureux.

J'en avais parlé à mes parents, comme d'habitude ce n'était rien, cela passerait tout seul. Tout allait bien, dans le meilleur des mondes possibles pour moi, j'avais des bouffées délirantes, je faisais pipi au lit, je bégayais et j'avais des spasmes au diaphragme et après chaque repas très mal au ventre.

L'adolescence s'approchait, comme je vous l'ai dit je n'étais pas du tout intéressé par mon corps, encore moins par mon sexe, et toutes les questions touchant à la sexualité étaient mises de côté, consciemment car bien sûr elles devaient se manifester.

 

Je découvris les choses de la vie lors d'un séjour aux sports d'hiver où j'avais pris la place de ma sœur, séjour en Italie, avec un groupe de jeunes parisiens. La, en une semaine, j'appris l'alcool, les cigarettes, les boums, les slows, la vie quoi !

En revenant je n'étais plus le même, je commençais à me rebeller, c'était les années 60, j'écoutai lesBeatleset les Rollings stones. Je me laissais pousser les cheveux, je portais des redingotes, je pris des cours de guitare.

J'avais maintenant quelques amis, j'allais peut-être devenir normal. Mais pendant l'été qui suivit, à la plage quelqu'un se moqua de ma maigreur, alors à partir de ce moment je décidais de plus jamais me mettre en maillot de bain et de montrer mon corps, j'étais très malheureux car la mer me manquait, moi qui aimait tant me baigner, je me faisais du mal, je me privait d'un grand plaisir.

C'est à cette époque-là, des premières rencontres féminines, des premiers émois, que tout se met en place, que tout doit se mettre en place plus exactement.

J'avais une adolescence difficile, mais je n'étais pas le seul, je ne faisais plus pipi au lit mais je bégayais toujours. Physiquement je ne connaissais toujours pas la sexualité, même l'idée de masturbation ne m'était pas venue, je n'avais pas d'érections, cette sensation m'était inconnue, pas de rêves érotiques, asexué j'étais ! Pourtant je ressentais des émotions confuses, romantiques, mélancoliques, la compagnie des filles me plaisait, mais c'est tout ,je n'avais pas de désir.

Je pense que pour moi, tout aurait pu encore s'arranger s'il n'y avait pas eu un événement dramatique, qui a rendu notre vie encore plus difficile, et qui a fait tout basculer.

C'était au début des vacances d'été, mon père était resté seul pour travailler, et nous, nous étions partis au bord de la mer au clos avec ma mère. Un soir un coup de téléphone, ma mère le visage défait, livide, en larmes. Nous ne comprenions pas ce qui arrivait, mais

jamais je n'avais vu ma mère comme ça et intuitivement je sentais que cela devrait être extrêmement grave.

Elle nous laissa avec nos grands-parents, et rejoignit mon père. Quelques jours après ils revinrent tous les deux, et là, le cauchemar a commencé. Ma mère avait un amant depuis très longtemps, mon père avait découvert une lettre, cachée sous un oreiller dans le lit conjugal !

Notre vie qui n'était déjà pas facile, devint un enfer, les scènes quotidiennes qui étaient notre pain quotidien, montèrent encore en puissance, c'était toute la journée, tout le temps. les coups, ma mère le visage tuméfié, toujours pris à témoin par mon père qui me demandait de jurer sur la tête de notre mère, que nous ne mentions pas, et ma mère qui continuait à lui mentir, qui lui disais qu'elle l'aimait, et nous enfant, jeune adolescent qui découvrions brutalement une sexualité des parents que nous ne connaissions pas, que nous ne voulions surtout pas connaître, qui nous blessait profondément, nous qui déjà étions abîmés, les mots crus, que nos parents fassent l'amour, que ma mère avait un sexe , ça me dégoûtait qu'elle pu avoir un sexe, pour moi ma mère n'avait pas de sexe. Mon père non plus, ils ne pouvaient pas avoir de sexe, mes parents c'étaient des anges, j'avais envie de vomir, c'était terrible pour moi.

Cet été la, j'ai failli basculer dans la délinquance, j'ai touché aux premières drogues,LSD.

Nous étions totalement livrés à nous-mêmes, complètement perdus à l'âge le plus difficile, j'ai encore eu un peu de chance, puisque j'ai survécu.

Lorsque nous sommes rentrés chez nous à la fin des vacances, je commençais ma seconde, mes résultats scolaires se sont effondrés, la vie à la maison était un enfer, j'ai vu mon père poser un pistolet chargé sur la tête ma mère à genoux devant nous dans le salon, la menaçant de la tuer si elle ne lui disait pas enfin la vérité qu'il voulait entendre ,mais laquelle ? Pris à témoin, nous ne savions que dire, nous ne savions que faire, nous aurions aimé disparaître, nous aussi être tués.

Et ensuite la peur au ventre, qui nous brûlait. il fallait partir à l'école ,prendre le car, ou alors aller à pied sous la pluie, mal habillés ,pas lavés,trempés,faire semblant devant les autres que tout allait bien, affronter le regard des autres, les autres, les autres enfants, souriant ,heureux, tenter de se concentrer, écouter les professeur,recevoir les mauvaises notes, les réprimandes des professeurs, et ne pouvoir rien dire, ne pas pouvoir se confier, ne pas pouvoir pleurer, tout garder pour soi, quelle haine,quelle colère j'avais en moi, pourquoi ça m'arrivait à moi et pas aux autres !

Mais je devais faire face, tenir mon rôle, du fils aîné, dans cette famille si merveilleuse, où j'arrivais à l'école en Jaguar, avec mon père si beau si élégant, et ma mère aussi, mes amis étaient jaloux et moi j'en rajoutais, j'étais très heureux, j'étais très riche, et tout allait bien dans le meilleur des mondes possibles.

Puisque j'étais le complice de mes parents, je tenais le rôle qu'on me demandait de tenir, car on aime toujours ses parents et on veut toujours leur plaire, j'ai compris beaucoup plus tard pourquoi j'ai supporté tant de douleur, tant de souffrances.

Lorsque je rentrais de l’école, je guettais devant la porte un camion de pompiers ou un car de gendarmerie, peut-être l’avait il tué? Et non il ne l'avait pas tué pas aujourd'hui, peut-être demain !

Et tout recommençait, on se nourrissait tant bien que mal, je tentais de travailler, je n'y arrivais pas alors je ne réfugiais dans le jeu, seul dans ma chambre, essayant de ne pas entendre les hurlements de mon père, protégeant comme je pouvais

mon petit frère et ma sœur.

Nous avons survécu , et puis brutalement nous avons quitté la ville au milieu de l'année scolaire pour repartir ailleurs, plus loin. Il a fallu réapprendre, un nouveau domicile, un nouveau lycée.

Dans la nouvelle ville, c'était toujours l'enfer, mais on s'habitue à tout, même au pire. Pour ne pas trop souffrir, on se carapace, on se ferme, on devient cynique, désespérément cynique et méchant aussi.

Lorsque je rentrais de l’école, je guettais devant la porte un camion de pompiers ou un car de gendarmerie, peut-être l’avait il tué? Et non il ne l'avait pas tué pas aujourd'hui, peut-être demain !

Et tout recommençait, on se nourrissait tant bien que mal, je tentais de travailler, je n'y arrivais pas alors je ne réfugiais dans le jeu, seul dans ma chambre, essayant de ne pas entendre les hurlements de mon père, protégeant comme je pouvais

mon petit frère et ma sœur.

Nous avons survécu , et puis brutalement nous avons quitté la ville au milieu de l'année scolaire pour repartir ailleurs, plus loin. Il a fallu réapprendre, un nouveau domicile, un nouveau lycée.

Dans la nouvelle ville, c'était toujours l'enfer, mais on s'habitue à tout, même au pire. Pour ne pas trop souffrir, on se carapace, on se ferme, on devient cynique, désespérément cynique et méchant aussi.

Je me suis fait de nouveaux amis, j'ai redoublé ma seconde, et nous sommes repartis en vacances, dans la maison du bord de mer le clos.

Mon père n'était pas là, avec mes grands-parents, nous retrouvions la paix, c'était le paradis. Ces brefs instants de bonheur, je les savourais intensément, je retrouvais un peu de force et aussi un peu d'espoir. J'arrivais même à oublier, je n'allais toujours pas à la plage, n'osant pas me montrer, montrer mon corps.

Un jour je suis allé à une surprise-partie, j'ai dansé un slow, je me souviens encore de la musique, c'était Michèle des Beatles, au fait ma mère s'appelait Micheline, la jeune fille avec laquelle je dansais s'alanguissait dans mes bras, mes pauvres bras, et moi aussi pour la première fois je me suis laissé un peu aller, elle m'a embrassé, j'avais 16 ans.

Je suis rentré chez moi ensuite, j'étais troublé, pas sexuellement, je n'avais pas ressenti d'émoi sexuel, j'étais mélancolique, c'est tout.

Je dormais dans la même chambre que ma sœur. Pendant la nuit j'ai été réveillé par ma première érection, je ne savais que faire de cela ,je ne savais pas comment se masturber, les gestes me sont venus tout seuls, et j'ai joui pour la première fois.

Les années qui suivirent, se ressemblent beaucoup, petit à petit, je me suis construit un monde à moi, j'avais maintenant quelques amis, la ville où j'habitais était tout près des montagnes, j'ai commencé à faire du ski, bien sûr tout seul, puisque mon père avait le vertige, il ne supportait pas les routes de montagne.

Je m'étais inscrit dans un club, je prenais le car, je partais passer le week-end dans un chalet, tout seul,il y avait peu d'enfants, surtout des professionnels de la montagne avec qui je partageais la soupe et le vin dans la chaleur conviviale de ce chalet.

Ainsi je développais mon corps, et je me musclais. À l'école je redoublai allègrement, et cet échec scolaire commençait à beaucoup m'angoisser, car je savais que je ne pouvais compter que sur moi-même, mon père était incapable psychologiquement et financièrement de m'aider en quoi que ce soit.

J'avais quelques flirts, je plaisais aux filles, j'étais beau garçon, mais j'étais impuissant.

À l'époque ,c'était avant la pilule, les filles ne couchaient pas facilement, et ça m'arrangeait bien. Mais certaines d'entre elles plus malignes que l'autre, se rendaient compte qu'il manquait quelque chose, une rigidité qui n'était pas la, elles m'en faisaient part maladroitement, malicieusement, et moi je faisais semblant de ne pas comprendre. Le soir dans mon lit je pensais à la fille, et je me masturbais, ça me suffisait, j'étais même heureux, je ne pensais même pas essayer de coucher avec elle.

Alors mes amis,et aussi les filles, pensais que j'étais homosexuel, d'autres prenaient ça pour du dédain, du mépris, moi je jouais au Don Juan, j'étais un séducteur, inaccessible.

Mon père aussi jouait ce jeu-là, du séducteur et du Don Juan, et quand il arrivait à la maison, c'était pour harceler ma mère, et pleurer en disant qu'il l'aimait.

Mon père a été un homme très malheureux, il a essayé lui aussi à peu près au même âge que moi vers 40 ans, d'exprimer son mal-être, par la poésie et la peinture, il était doué, il aurait pu y arriver, avec peut-être un peu d'amour.

Je suis passé à côté beaucoup d'histoires amour, j'ai manqué beaucoup de rencontres à cette époque. Mes parents ont fini par se rendre compte que leur fils aîné si beau et si brillant était peut-être impuissant, quelqu'un avait dû leur dire.

Un jour mon père m'a dit qu'il avait pris rendez-vous chez un acupuncteur homéopathe, j'étais surpris c'est la première fois qu'on s'occupait de moi, j'étais un fils obéissant et j'ai obéi, et nous sommes allés au rendez-vous.

C'était un homme assez gros, qui habitait un château, tout de suite il m'a été antipathique, et lui tout de suite il a compris, il a parlé devant mes parents de sexualité, et a prescrit des pilules. C'est un souvenir vague pour moi, mais ce dont je me souviens, c'est que lorsque j'ai pris ces pilules, j'ai été pris d'une crise angoisse épouvantable et que j'ai tout jeté. Après j'ai oublié, et maintenant je me souviens, et je comprends que la simple évocation que je puisse avoir des problèmes psychologiques ou sexuels moi qui tentais de me protéger contre tout et envers tous en ayant solidement ,fermement construit une magnifique névrose, et bien leur évocation avait provoqué dans mon inconscient ma première vraie crise angoisse, ma première crise de conversion hystérique.

Je ne vous ai pas parlé de ma mère, je la défendais envers et contre tout, contre mon père qui pour moi à l'époque était un monstre, elle c'était une sainte. C'était ma mère, elle était enceinte de mon dernier frère.

Cette grossesse avait débuté juste au moment de la découverte de son adultère, cet enfant qu'elle portait je l'ai su beaucoup plus tard ,n'était certainement pas de mon père.

Je marchais derrière elle, a dix mètres, je ne supportais pas qu'elle soit enceinte.

L'enfant qui est né est celui qui certainement a le plus souffert, car il n'a connu et ce dès le début de sa vie que l'enfer, il n'a pas eu comme moi, quelques moments de paix ou de bonheur ailleurs dans une autre famille. Je l'ai protégé autant que j'ai pu, l'éloignant lorsque les scènes étaient trop violentes, j'allais dans une pièce au fond de la maison lui raconter des histoires et le faire jouer, pour tenter de le soustraire à cette violence insupportable, pour qu'il soit le moins abîmé possible.

J'ai redoublé ma terminale, à la maison les choses allaient un peu moins mal, et pour la première fois j'ai commencé à vraiment travailler, et je suis même devenu un excellent élève, qui a eu son bac avec mention bien. Enfin le ciel s'éclairait un peu, j’étais toujours impuissant, autiste de moi-même, j'arrivais à vivre tant bien que mal, et même à prendre un peu de plaisir.

Je lisais beaucoup à cette époque surtout de la science-fiction, j'étais un scientifique fort en maths,, en biologie, nul en français ,nul en philo, j'avais envie d'être metteur en scène de cinéma, je n'ai pas osé, je n'avais pas confiance en moi, alors j'ai choisi la solution facile, la médecine comme mon père et mon grand-père.

Je voulais quitter cette région, et je voulais quitter ma famille, nous habitions dans le sud-ouest de la France et je voulais revenir dans l'ouest de ma jeunesse, et de la maison du bord de la mer. Alors j'ai dit à mon père que j'allais partir, il m'a répondu si tu fais ça, je vendrais tout! La maison! Mon cabinet et tu seras responsable !

Je suis quand même parti, un beau matin tout seul comme toujours, dans ma vieille deux CV, pas très fier, triste, car je partais contre la volonté de mon père, tout seul, dans une ville que je ne connaissais pas, vers une vie que je ne connaissais pas, sans appui, sans conseil, sans aide, avec juste des menaces,pour me faire peur, pour me faire souffrir, pour me gâcher le plaisir, celui d'un étudiant qui vient d'avoir son bac et qui part vers l'avenir ,vers ses études; Moi on m'avait dit si tu pars je vendrais tout et tu seras responsable.

Et c'est ce qu'il a fait !

J'ai compris plus tard aussi, mais qu'est-ce que j'ai compris comme choses plus tard!«quand je dis plus tard vous verrez» c'est lorsque j'ai fait ma dépression et que j'ai commencé ma psychanalyse.

J'ai compris que mon père nous avais réduit en esclavage, esclavage affectif, où nous étions aimés que si nous acceptions sa loi, ces règles, son délire.

Un jour il m'a dit si tu ne m'aime pas je ne t'aime pas non plus !

Si on acceptait d’être la «chose» ,de dire oui a ce qu’il disait,de partager son délire ,de ne jamais le contredire alors il récompensait en argent ,en nature.

Il se comportait de la même façon avec ses chiens qu’ils rendaient stupides, méchants et obèses,moi je n’aime plus que les animaux sauvage, jamais il ne me viendrais a l’idée pour mon plaisir de dresser un animal et d’en faire un esclave.

Être aimé de lui, de mon père c'était un prix très cher à payer; j’ai refusé de l'aimer comme cela, bien que le prix de ma liberté je l'ai payé très cher aussi. Mon dernier frère, lui en a été la victime.

Je ne lui en veux pas, on ne m'a pas appris la haine de mes parents, autrefois je le haïssais, maintenant j'ai compris combien il a pu souffrir et je lui ai pardonné.

Du jour ou je suis parti, je ne faisais plus vraiment partie de la famille car je m'étais évadé, j'étais un déserteur. Donc je n'avais pas de soutien, pas d'appels téléphoniques, pas de lettres, ma famille était silencieuse. Moi ça m'était égal, puisque j'échappais à la torture et que j'allais commencer à vivre, c’est ce que je croyais!

Je suis parti un beau matin, vers un nouveau destin, j'avais loué une toute petite chambre d'étudiant à quelqu'un que je vais appeler P, qui deviendra plus tard mon meilleur ami et encore beaucoup plus que ça.

Je découvrais le calme, la paix, le droit d'exister, prendre des douches, marcher nu, dans ma petite chambre, j'étais libre enfin !

Les trois premiers mois de ma première année de médecine furent des années de fête, je ne faisais pas grand-chose, je découvrais la vie.

C'était mes grands-parents qui payaient ma chambre, et le week-end même l'hiver j'allais dans la maison du bord de la mer, glaciale et pas chauffée, je dormais dans le salon devant un grand feu que j'allumai et je lisais en écoutant le bruit de la mer et du vent.

La chance m'a sourit, un jour j'ai rencontré quelqu'un, une jeune femme d'un milieu simple, son père était marin-pêcheur dans un petit port de la côte vendéenne où je viens maintenant très souvent, une fois par semaine rencontrer mon psychanalyste, il y a dans la vie des rencontres et des hasards qui n'en sont pas !

Donc cette jeune femme était invitée par des amis à moi, dont P, et d'autres peu recommandables étudiants en médecine qui voulaient ce soir-là faire boire et droguer cette jeune femme et d'autres, pour abuser d'elles, je l'ai pris par la main, et je l'ai emmené avec moi, est-ce pour la soustraire à ce qui allait arriver, ou est-ce parce que

J’étais impuissant et que de toute façon je n'aurais pas pu en profiter, je ne sais pas, j'ai voulu la sauver, et ce soir-là nous sommes sorti ensemble.

Notre aventure amoureuse a duré, nous nous voyions tous les week-ends, je commençais à ressentir une émotion sexuelle, et même miracle a avoir des érections, mais ça s'arrêtait la ,je n'osais pas aller plus loin, j'avais peur sûrement !

Elle ne disait rien, elle avait l'air heureuse. Et puis, dans ma petite chambre, un dimanche soir, quelqu'un a frappé, j'ai ouvert la porte, elle était là avec sa petite valise, courageuse jeune femme ! Elle est entrée dans ma vie, comme elle est rentrée dans cette chambre, c'était la seule solution, elle l'a comprise avec son instinct de femmes, il fallait forcer un peu la porte.

Je ne savais pas quoi dire, j'avais très peur, je ne pouvais pas la renvoyer, nous nous sommes couchés nus tous les deux, pour la première fois j'ai serré dans mes bras le corps d'une femme, et timidement maladroitement je lui ai fais l'amour pour la première fois de ma vie, je n'en croyais pas mon cœur, j'avais réussi, j'étais devenu un homme.

Et toute la nuit je lui ai fait l’amour, il y avait tant d'années perdues à rattraper, cette nuit j'ai fait beaucoup, beaucoup de chemin. À partir de ce jour-là, j'ai compris le sens du mot solitude, et je n'ai jamais plus pu être seul. J'étais devenu un petit peu humain, donc un peu vulnérable et c'est à partir de ce jour que j'ai commencé à souffrir, plus exactement à m'autoriser à souffrir, à ressentir la souffrance, avant j'avais juste la douleur cachée ,enfouie, et pour ne pas souffrir j'avais tout fermé en moi.