chronique d'un jour

Une jolie rencontre

Aujourd'hui, dans mon cabinet médical, ma secrétaire avait pris une urgence.

Je la fit rentrer, c'était une jeune femme pauvrement habillée, elle était de taille moyenne, un peu timide, de grands beaux yeux bleus.

Je réglais rapidement son problème médical, et lui demandait de passer dans mon bureau, pour régler les formalités de la petite intervention chirurgicale qu'elle devrait subir.

Je suis d'un naturel curieux, et je lui posais donc les questions habituelles, êtes-vous en bonne santé, avez-vous déjà été opéré ? Etc. etc.

Elle eut l'air surprise, je lui ai expliqué que c'était normal, que j'avais besoin de quelques renseignements.

Je lui demandai également si elle travaillait, elle me répondit que oui : elle était intérimaire.

Je lui répondis qu'elle avait de la chance, d'avoir encore du travail, car dans la région où j'habite, la crise économique a déjà frappé, et les intérimaires sont les premiers touchés.

Oui me répondit elle ,vous avez raison,je vais reprendre mes études

Je continuais ma petite enquête, en lui demandant si elle était de la région, elle me répondit que non, elle était arrivée ici il y a quelques années avec ses parents.

Alors lui répondis-je, vous habitez encore chez vos parents.

Non me dit-elle, ils sont partis il y a deux ans.

Elle me dit ça avec une sorte de soulagement, et je ne pu pas m'empêcher de lui faire remarquer, elle sourit en acquiesçant, et je lui dis alors : vous êtes mieux maintenant que vos parents ne sont plus la, sûrement c'était difficile avec eux !

Elle me regarda, et me dit oui, ma mère se droguait et était alcoolique, elle vit maintenant dans une institution spécialisée.

Il y eut un silence entre nous, et puis je lui dis : ça ne doit pas être facile maintenant, toute seule, comment faites-vous ?

Comment avez-vous fait avec ça, comment allez-vous maintenant ?

Elle sourit, et me dit : « j'ai fait une psychanalyse pendant six ans »

Tiens tiens lui répondis-je ,moi aussi j'en fais une !

J'ajoutais:Et alors ça vous a fait du bien ?

Oui me répondit-elle, je vais bien maintenant.

Il y eu de nouveau un silence entre nous, bien qu'une certaine complicité venait déjà de s'installer.

Je vais bien, mais j'ai des problèmes dans les réunions avec des amis, je me sens seul.

Ah bon lui répondis-je? vous aussi.

Moi aussi je me sens seul parfois. Vous êtes comme moi, vous sentez les autres, vous ressentez les autres, et vous ne pouvez rien dire, il faut se taire !

Oui c'est exactement ça me répondit-elle.

Elle rajouta : vous qui êtes médecin, vous vous rendez compte du pouvoir immense des psychiatres !

Je ne comprends pas , répondis-je, que voulez-vous dire ?

Eh bien, lorsque j'avais 15 ans, j'ai fait une tentative de suicide, je suis allé en psychiatrie, et le médecin psychiatre que j'ai rencontré m'a dit en rigolant : « vous fumez du haschisch, eh bien maintenant vous allez prendre du Deroxat »

c'est tout ce qu' on vous a dit demandai-je ?

Oui c'est tout !

Je lui dit ,oui, à 15 ans on ne vous laisse aucune chance dans ce genre d'établissement.

J'ai une question de vous poser, comment êtes-vous allé à la psychanalyse, puisque dans l'établissement ou vous avez été hospitalisé je doute qu'on vous l'ai proposé.

Elle ne répondit tout de suite,:C'est ma mère qui m'a emmené là-bas, elle a fait pour moi ce qu'elle n'a pas pu faire pour elle.

J'acquiesçai de la tête.

Comment avez vous fait financierement,ça coute cher une analyse.

Je donnais l'equivalent de 10 euros,me repondit elle!

C'etait quelqu'un de bien votre analyste!

Elle me dit, je n'ai pas vu mon psychanalyste depuis longtemps, je n'en ai plus besoin, j'aimerais lui dire.

Je pense qu'il serait heureux de le savoir, lui répondis-je, écrivez lui.

Elle est sortie de mon bureau.

Je regardais la jeune femme partir, j'étais plein d'espoir pour elle, je savais que sa vie serait belle.

Pendant les quelques minutes qu'avait duré cette conversation, entre le médecin et la jeune intérimaire, il s'était passé quelque chose, la barrière de l'argent, de l'âge, de la culture, était tombée, nous avions parlé tous les deux, comme de vieux amis qui se connaissaient depuis très longtemps !

Zorg

le 10 décembre 2008

Publié le mercredi, décembre 10 2008 par f zorg