lundi, mai 31 2010
Par f zorg le lundi, mai 31 2010, 19:55
Nouvelles du front suite
Troisième tentative désastreuse de reprise du deroxat, je suis vraiment trop con, j'étais au golf je ne tenais pas sur mes jambes, je tombe sur mon psychiatre qui vient de s'y mettre. Un petit salut de la tête.
Ce matin rendez-vous chez lui. Il me dit : tu n'avais pas l'air en forme hier.
Je réponds : j'étais cassé par le deroxat !
Je lui dis : de toute façon je me supporte aucun antidépresseurs. Je suis hystérique.
Il hausse les épaules et me dit ça n'existe pas !
Prescription :cymbalta,depakot lexomil.
Prise de sang, c'est hépatotoxique.
Je m'en vais avec l'ordonnance, c'est bizarre l'angoisse est parti, ça doit être la colère, je ne prendrai pas cette merde.
Le Lexomil me suffit, je garde ça pour la fin, à la l'extrême extrémité.
Ce matin dans mon département un médecin s'est pendu après avoir tué sa femme et ses enfants. no comment!
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samedi, mai 15 2010
Par f zorg le samedi, mai 15 2010, 11:18
Échec et mat.
Il faut du temps pour tuer un homme. La dépression est la pire des maladies. Je suis en train de sombrer corps et biens ou corps et âme, où les deux à la fois. Plus rien ne fonctionne, je suis envahi par une profonde mélancolie, et une angoisse qui me ronge. Les miens s'en rendent compte, mes patients aussi, les gens qui travaillent avec moi à l'hôpital me mettent en garde, ne va pas trop loin, il est temps que tu t'arrêtes.
En désespoir de cause puisque je ne supporte plus le deroxat, j'essaye un médicament avec l'accord de mon psychiatre, le BUSPAR. Pour l'instant le résultat n'est pas probant, à part que je ressemble à à un zombie.
Chère nsp voilà où j'en suis sur l'échiquier de la vie, j'ai perdu la partie. Le fou a été pris par la reine ou par le roi ou les deux.
Pourquoi n'ai-je pas le courage de mettre fin à mes jours, comme tous les autres, pourquoi n'ai-je pas ce courage? parce que j'espère encore, un miracle, mais ce qui m'attend c'est ce que je crains le plus, l'arrêt de travail, l'hospitalisation, la camisole chimique et les électrochocs, et puis et puis une vie de mystère jusqu'à ma mort, ma mort qui sera tardive car je suis solide.
Je laisserai derrière moi l'image d'un homme qui a vécu infiniment heureux, pendant 30 années, fort, dynamique, plein d'espoir, plein d'amour aussi, plein de vie. C'est la vie qui me tue, c'est la vie en moi qui m'anéantis. Plus de poèmes, plus de peintures, je n'ai plus d'envie de rien que de me coucher par terre comme un chien, ah comme je souffre, ah comme j'ai mal, pourquoi ne suis-je pas terrassé sur l'instant, pourquoi Dieu ne veut-t-il pas me tuer.
J'ai le souffle court et la vue brouillée, ce matin comme tous les ans j'ai passé ma terrasse au Karcher, pour faire comme si, comme si j'étais encore vivant, alors que je suis mort, bel et bien mort.
Mon ordinateur donne des signes de faiblesse, ma société va disparaître, mon blog avec, et moi je ne suis pas ce que je vais devenir.
Voilà mes amis la fin d'une histoire, qui aurait pu bien se terminer, je continuerai si j'en ai la force, à vous raconter ce combat inhumain que mène l'homme qui portait sa moto sur son dos.
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Par f zorg le dimanche, mai 9 2010, 11:42
Et l'homme inventa Dieu !
Il y a quelque temps j'ai discuté avec de mes patients, il me dit une chose curieuse : l'univers n'existe que par le regard de l'homme !
Je l'ai regardé interloqué, et je lui ai répondu : l'univers n'a pas besoin de l'homme, il existe sans lui. Si l'homme n'existait pas, cela ne ferait pas de différence,l' univers est bien là avec ou sans l'homme.
Il me répondit, pas du tout, sans le regard de l'homme l'univers n'existe pas, car Dieu a créé l'homme et l'univers, l'univers n'existe que pour l'homme.
Pour moi c'est impossible à comprendre, cette vision anthropomorphique de l'homme dans l'univers, et de Dieu, je conçois très bien un univers sans l'homme, il n'a pas besoin qu'on le regarde pour exister, il existe c'est tout, avec ou sans nous.
Cette manie que l'homme à de centrer tout autour de lui et de son existence, me met en colère et m'empêche d'adhérer à une quelconque religion.
Et pourtant, si j'avais envie de croire, si quelque chose en moi advenait, comme une évidence, comme je pense que l'univers est immense et qu'il est impossible qu'il ne contienne que l'homme, de la même façon que la terre n'est pas plate, que le soleil n'est pas le centre de l'univers, et que le Dieu n'a pas créé l'homme à son image.
Et si je pensais que la souffrance était une abomination, et si je croyais que la religion de la souffrance était une supercherie, et si je disais que la mort à soi-même, que la disparition du moi, que l'humilité considérée comme de l'orgueil était une idée folle, et si je pensais que les mystiques, vidés de toute substance, comme de grosses amibes flottant dans le cosmos, se contentant de flotter dans le néant, et d'absorber le vide, étaient des sortes de monstre, d'un égoïsme au-delà du possible, vivant dans une félicité permanente, jouissant à l'infini, d'un auto érotisme asexué, assis pour l'éternité sous un baobab en train de se regarder le nombril, si pour toucher Dieu et épater les hommes il fallait en passer par là, je dirais: ce sont des psychotiques !
Pourtant je cherche moi aussi, autre chose, quelque chose qui transcende l'homme et qui transcende Dieu, finalement le Dieu des hommes ne m'intéresse pas, celui qui m'intéresse c'est le Dieu de l'univers, un Dieu sans visage, sans forme, un Dieu anonyme, qui intéresserait à l'homme de surcroît, comme il s'intéresserait à tout le reste de l'univers, une entité abstraite pas spécialement bienveillante, cela me conviendrait très bien.
Je pense donc que dans son orgueil immense, l'homme a inventé un Dieu à son image, et moi intellectuellement cela m'agace profondément.
Car il y a quelque chose en nous, en tout cas en moi, qui me fait lever les yeux vers les étoiles, qui me fait plonger dans les yeux ma femme, ou je me perds, et ou je me dis, il y a quelque chose à découvrir, quelque chose d'extraordinaire, quelque chose qui échappe à l'homme, quelque chose qui nous transcende, en dehors de la peur de la mort, en dehors de notre devenir après cette mort, il y a quelque chose de divin en nous et dans l'univers.
Bien avant que je souffre, lorsque j'étais enfant, je me perdais pendant des heures à contempler les étoiles la nuit, j'étais un voyageur déjà, je projetais mon esprit vers l'immensité qui s'ouvrait devant moi, parfois tout seul dans ma chambre, je fermais les yeux et je me concentrais très fort pour essayer de faire voler mon corps. Je n'y suis jamais arrivé ! Étais je déjà psychotique ?
Lorsque j'allais dans les églises, je n'écoutais rien du culte, là aussi je levai les yeux vers la nef, et je laissais librement mon esprit s'envoler, le temps n'existait plus, j'étais merveilleusement heureux, je n'en parlais à personne, j'étais athée !
j'ai appris plus tard dans mes lectures, que cet état de conscience modifiée s'appelait le sentiment océanique, l'appel du large.
Était-ce dû déjà à mon état de souffrance, ou était-ce un appel ?
la nuit parfois, je faisais des rêves étranges, où j'étais envahi par des pouvoirs immenses, faisant de moi une sorte de Christ, je n'avais pas envie d'être footballeur ou pompier, dans mes rêves je flottais au milieu des églises, irradiant de lumière la foule qui m'entourait.
Délire mystique penseront certains, peut-être, mes rêves étaient toujours grandioses, lorsque je lisais Flaubert j'étais Salambo, quand je lisais Dumas j'étais edmon dantes , ou Toutankhamon, parfois je faisais des rêves atroces, qui ressemblait aux orgies de Sade, bien qu'a cette époque vous pensez bien que je ne l'avais pas lu, de corps écartelé, crucifiés sur des murs, torturés à l'infini, une vision de l'enfer.
on disait de moi que j'étais un enfant rêveur, un peu étrange, pas comme tout le monde.
Et me voilà donc maintenant plus de cinquante ans après, en train de retrouver mes voyages d'enfant, de rechercher ces merveilleux moments où l'esprit quitte le corps, si loin qu'on ne croit jamais revenir.
Si j'aborde ce sujet, c'est parce que la souffrance me ramène au point de départ, au début de mon histoire, parce que j'ai le sentiment intime que pour retrouver la paix il faut que je retrouve en moi cette partie mystérieuse de moi, celle qui peut me sauver.
C'est la seule voie possible, j'en ai la conviction, l'intuition, il faut que je trouve en moi la partie du mystère.
Mon psychanalyste me disait que lorsque je faisais de grands trous dans la terre, creusant à perdre haleine jusqu'à l'épuisement pour oublier les colères de mon père, déjà je cherchais le vide donc Dieu, que parfois lorsque je peins ou que j'écris je m'émerveille, de ce qui peut sortir de moi, n'y voyez surtout aucun orgueil, il me disait que l'émerveillement c'était la spiritualité, alors qui suis-je?
Parlons si vous voulez bien de l'amour, en voilà un autre mystère, et pourtant qui rejoint l'autre, car les religieux disent que Dieu est amour, le divin l'homme et la femme réunit. L'amour existe c'est indéniable en dehors du désir sexuel, même s'il est intimement lié à ce désir.
Rilke :
l'amour est une haute exigence,
son ambition sans limite
transforme celui qui aime en élu,
et l'élu répond à l'appel du large.
Rimbaud
l'amour, voilà la grande foi.
Lacan
Aimer c'est donner à quelqu'un ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veux pas.
Quelle horrible définition inspirée par la loi du signifiant phallique, et du manque à jouir. À se tirer une balle, savez-vous que Lacan à la fin de sa vie était obsédé par l'existence de Dieu !
Je préfère les poètes aux psychanalystes.
J'ai passé un week-end épouvantable, une attaque de panique hier, une ce matin j'ai vomi, c'est le deroxat. Hier il y avait toute la famille à la maison, ma fille aînée nous a montré son échographie, elle attend une petite fille, j'étais désolé d'être si mal pour eux, je me suis réfugié dans un coin en essayant de respirer. Son petit chien est venu sur moi, comme s'il voulait m'apaiser et je me suis endormi.
Ce matin alors que je voulais aller aux urgences pour me faire hospitaliser, ma femme m'a pris par la main et m'a dit vient on va aller courir ! J'ai obéi comme un enfant et je lui suivi, j'ai un peu couru, j'ai ramassé du fenouil sauvage sur le bord du chemin, je l'ai senti, combien de souvenirs heureux cette odeur évoquait dans ma mémoire.
Ma femme m'a emmené par amour, ma fille porte un enfant par amour, l'amour c'est donner à quelqu'un ce qu'on a, à quelqu'un qui en veut bien. L'amour c'est la transcendance, cela n'a rien à voir avec le signifiant phallique, on peut se faire inséminer par une pipette en verre, l'amour consiste à faire du fruit, à se fructifier et à fructifier l'autre.
Ma femme et mes enfants m'ont donné une belle leçon de vie ce matin, et aussi de la force pour continuer, elles ont dit papa est trop intelligent et trop sensible, tout chez lui est multiplié par 1000, l'angoisse comme la joie, c'est peut-être ma nature hypersensible, écorché vif, qui fait que je souffre autant, c'est peut-être cette amplification des sentiments qu'on appelle être bipolaire, pourtant à part l'angoisse, je suis bien raisonnable dans mes désirs, je n'ai jamais agi sur des coups de tête, simplement quand je souffre trop j'ai envie de m'arracher le cœur
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vendredi, mai 7 2010
Par f zorg le vendredi, mai 7 2010, 10:45
La peur de mon père.
La tentative de reprise du deroxat a été catastrophique, je me fais avoir à chaque fois ! L'angoisse est remontée au maximum, hier je suis allé voir mon psychanalyste, j'avais du mal à conduire, c'est la première fois.
Je l'ai dit que j'étais en colère contre les médicaments, je crois que je vais passer définitivement du côté de l'alchimie.
Hier j'ai travaillé dans mon jardin, et puis je me suis reposé, je me suis laissé aller, abandonné, j'ai laissé l'angoisse m'envahir sans lutter, elle est presque partie !
J'ai trouvé dans un livre d'Éric edelmann, « éclair d'éternité » quelque chose sur la souffrance.
C'est un bouddhiste qui parle : il dit qu'il y a une fin à la souffrance, une fin complète et que c'est le début de l'amour..
Pour résumer sa pensée, pour mettre fin à la souffrance il ne faut pas la fuir mais la regarder en face, s'en approcher.
Ce matin en me levant j'ai essayé, aussitôt mon bras droit c'est paralysé, le bras du père.
Je suis allé opérer, j'avais une dure journée de ce matin, j'ai bien travaillé, sans plaisir, avec l'angoisse. J'ai opéré quelqu'un avec qui j'avais parlé, quelqu'un qui souffre comme moi, avant l'intervention je suis allé le voir, il n'avait pas peur de moi, dans ses yeux la confiance.
Alors j'ai fait de mon mieux, j'y ai mis tout mon coeur, pour lui, j'ai fait du bon travail.
Ma souffrance je l'ai compris ce matin, bien que je savais déjà, mais pas aussi clairement, c'est la peur de mon père, c'est moi qui la porte, il est en moi. C'est lui le mercure.
Je me sens un peu mieux, presque apaisé, il va falloir que j'apprenne à m'en approcher de plus en plus près, à la regarder en face tous les jours.
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